de Jérôme Noirez, aux éditions Calmann-Lévy, collection interstices, 22.10€

Quatre enseignants séquestrent huit adolescents dans un collège ténébreux nommé Silling durant 120 jours. Toutes les semaines, les collégiens de l’ombre ont un rendez-vous radiophonique avec un conteur chargé de leur raconter une histoire.
On reconnaîtra la structure des 120 journées de Sodome de Sade. Mais la comparaison s’arrête ici : les ravisseurs ne se nourrissent pas de chair et de perversions mais plutôt de mots et de fictions. Il ne s’agit pas non plus d’un huis clos et encore moins d’un thriller. En fait, il est bien difficile de définir le genre de ce roman – est-ce vraiment utile ?

A la séquestration des adolescents qui doivent se plier à des rituels éducatifs et des simulacres de cours, l’auteur superpose la vie de M Duclos, conteur radiophonique qui narre une histoire tous les 10 jours aux collégiens par l’intermédiaire des ondes, sans voir son auditoire, sans même connaître les drames qui se jouent dans Silling. Le conteur est aussi le papa délicieux de Ninon, bientôt 9 ans, qui veille à l’accomplissement de l’enfance de sa fille. Cette superposition crée un dedans et un dehors à Silling, au début clair et distant mais qui peu à peu s’entraînent, se mélangent et risque de happer Ninon.
Le roman interroge la fiction. Qu’est-elle ? Où se situe-t-elle ? Où commence le réel ? Et surtout quelle est sa relation avec l’enfance ? On est au coeur du roman. L’adolescence n’est-elle pas une fiction ? Dès la puberté, les adultes affublent les enfants d’adolescence qui dénie la diversité et les soustrait violemment de l’illusion poétique du monde.

Dans 120 journées, la frontière entre le fabuleux et le réel a les contours flottants de l’enfance. Cela en fait un roman fascinant.

Nonoko

23 x 15 cm, 450 pages, paru fin août 2012