de Haruki Murakami et Traduit du japonais par Hélène Morita, aux éditions Belfond, 23€

Tome 1 et tome 2

Le succès phénoménal que ce livre-monstre rencontre au Japon -et rencontrera en France, nul besoin d’être prophète pour le prédire- tient en grande partie à son côté gigogne, au nombre de livres emboîtés dans le livre. C’est une hydre littéraire, et de toutes ses têtes une forcément nous ressemble et nous trouble. Murakami, c’est là son charme -au sens magique-, est un conteur aguerri qui maîtrise parfaitement les ficelles de la narration, les références d’une vaste culture, et qui joue des genres littéraires, de leur subversion, avec talent et, me semble-t-il, une pointe d’amusement. De là à lui reprocher de pallier un manque d’invention par de la virtuosité, comme on a pu le lire, il y a un pas dont je me garderai, tant son imagination est bondissante.
Les destinées des deux héros, Aomamé la justicière criminelle et Tengo l’écrivain de l’ombre, liées par une fugace rencontre à l’âge de 10 ans, n’en finissent pas de se rapprocher, tendues vers un infini où, dit-on, les parallèles se rencontrent, quelque part dans le monde de l’année 1984 ou dans celui de 1Q84, son double temporel. Est-il besoin de dire qu’en brassant, entre autres, les thèmes du viol, des sectes, de la soumission, de la violence -et n’oublions pas : de la littérature, c’est un roman au titre envoûtant, La Chrysalide de l’air, qui est le fil rouge de 1Q84-, ce n’est pas d’un monde bientôt vieux de 30 ans dont Murakami nous parle, mais bien du nôtre (peut-être lui aussi intemporel ?), et de nous qui y vivons, de nos faiblesses, de nos fidélités, de ce qui nous fait exister.
Si l’on reconnaît un bon roman à ce que toute lecture après lui est un peu décevante, 1Q84 en est assurément un très bon.

Paru en août 2011. Roman. 14×23 Cm. 500 pages.