de Thomas H. Cook et Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Loubat-Delranc, aux éditions Seuil, 19.5€

Août 1926. Chatham, Nouvelle-Angleterre, proche du cap Cod : une coquette petite ville puritaine, fort paisible. L’école de garçons a été créée et est dirigée par Arthur Griswald, le père de Henry, le narrateur. À la rentrée de 1926 arrive Mlle Channing, professeur d’arts plastiques, d’une grande beauté. Dès le début du roman on sait qu’en fin d’année il y aura eu une tragédie, mais on ne sait pas laquelle. Henry, adolescent, pour qui Chatham est une prison, est vite fasciné par cette Mlle Channing, venue d’Afrique, qui a parcouru la planète. Elle raconte à Henry que son père lui a appris à vivre selon ses désirs, selon ses passions. Elle prête à Henry un livre de son père qui contient une phrase qui frappe Henry : « La vie ne vaut d’être vécue qu’au bord de la folie ».
Sous les yeux d’Henry Mlle Channing va avoir une liaison avec M. Reed, professeur de lettres qui vit avec sa femme et sa fille au bord du Noir-Etang, non loin de chez Mlle Channing. Cet amour entraînera une tragédie.
Henry deviendra proche de M. Reed ; il l’aidera à construire un bateau. M. Reed lui dira un jour : « On n’a qu’une vie, Henry. Qu’une vie et pas de seconde chance. Là est toute la tragédie. »
Bien des années après le drame Henry, dont le témoignage au procés aura été capital, se souvient. Mais les faits sont difficiles à établir et son regard peut déformer la réalité, la biaiser.

Un formidable roman, très bien raconté dans une langue fluide, élégante. Un roman noir dans lequel ni l’argent, ni le pouvoir sont en jeu. Seulement l’amour, l’amour dévastateur qui entraîne la folie. Une histoire d’amour d’un romantisme échevelé, version policière des Hauts de Hurle-Vent, roman d’Emily Brontë auquel le narrateur fait d’ailleurs allusion.
C’est aussi un grand livre sur la culpabilité : on peut se tromper sur soi-même et sur les autres. Henry va découvrir que durant toute son adolescence il s’est trompé, il a mal jugé son père, il l’a méprisé alors que c’est un personnage magnifique. Élément majeur de l’intrigue, Henry est d’une complexité excitante. Agé de cinquante-cinq ans, il confiera au fils du procureur : « Au bout du compte, j’ai préféré théoriser sur la vie plutôt que de la vivre »
La construction du livre est très subtile ; dans le jeu du présent et du passé, le lecteur pense avoir compris, mais non il y a toujours un élément nouveau qui sème le doute. Après l’éclaircissement du drame il y a encore des surprises, jusqu’à la dernière page, si bien que le lecteur n’est pas certain de la vérité et que, tout comme le procureur qui aurait pensé que tout cela n’était qu’un tragique accident si Henry n’avait pas été là, il se demande ce qui s’est réellement passé au Noir-Etang ce jour-là.
Un roman, comme toujours chez Thomas H. Cook, d’une grande finesse psychologique, profond, ambigu. Un régal de lecture.

Né en 1947, Thomas H. Cook a été professeur d’histoire et secrétaire de rédaction au magazine Atlanta avant de se consacrer à l’écriture de romans. Il vit à New York et à cap Cod. Il a publié neuf romans en série noire dont Les feuilles mortes et Les liens du sang. Au Seuil il a publié Les leçons du mal et Mémoire assassine (dans le nouveau format .2).

355 pages.