de Frédéric MARTINEZ, aux éditions Les Belles Lettres, 19€

Les excentriques des Lettres

Voici un livre singulier à plus d’un titre, à commencer par le sien, qui est au pluriel. Frédéric Martinez a choisi de portraiturer plus ou moins longuement une dizaine d’ « excentriques des Lettres ».
Quelques noms familiers : Artaud parti au Mexique chercher dans le peyotl la vérité du théâtre et des corps, et qui y laissera un peu plus de son esprit délabré. Nerval, littéralement fou d’amour, pour une actrice qui l’ignore. Nerval qui dans une nuit blanche et noire se pend rue de la Vieille Lanterne. Oui, les histoires d’amour finissent mal -mais les autres aussi.
Qui se souvient d’Etienne Jodelle, comète de la poésie qui ruina son crédit en un jour, en se chargeant d’organiser une fête royale qui fut un fiasco. Et qui le restant de sa vie ressassa son échec dans une manie paranoïaque.
Savez-vous que Malherbe s’aigrit le caractère en écrivant des poèmes d’amour qu’un autre signait et dont cet autre, qui s’appelait Henri IV, récoltait les fruits ? De quoi assurément nourrir sa misanthropie…
Vous apprendrez aussi comment le délicat poète palois Paul-Jean Toulet s’absenta dans l’absinthe et comment Malraux commença sa carrière de pilleur en Ethiopie.
Aviez-vous entendu parler du projet qu’eut Baudelaire de débarrasser Bruxelles du Manneken Piss ? Connaissiez-vous en fin le marquis de Bièvre qui bâtit sa gloire sur sa maîtrise du calembour (du calembour bon, puisque cela se passait sous Louis XIV) ?
Bien sûr, tout vaut par la façon de raconter, qui varie selon les sujets : c’est intelligent et gambadeur, et drôle. Et désespéré, tout de même, ces destins fracassés.

Paru en août 2010. 14×21 Cm. 255 pages.