de Martin Provost, aux éditions Phébus, 11€

André Plomeur est né à Quimper par un beau jour d’avril (…) Élevé au lait entier, le jeune André évolua rapidement dans la tradition ancestrale en travaillant au magasin dès l’âge de cinq ans. À sept, il savait déjà tenir la caisse, à huit, égorger son premier mouton, à dix, vous désosser une épaule en deux temps trois mouvements et l’entrelarder sous votre nez, façon bouchère. Fallait voir comment il aimait la bidoche. Si les pianistes naissent tous avec un don, André semblait venu sur terre avec celui qui fait chanter le bifteck.

Mais André a aussi le don de faire chanter la chair. Le jour de ses treize ans il découvrit l’amour avec Jeannine Le Meur qui vendait sur les marchés, c’est dire si elle avait le don d’alpaguer les hommes (…) Jeannine, toute ébaubie de se sentir aimée jusqu’au fond des entrailles, comprit que le boucher cachait un véritable artiste, et loua son génie dans tout le Finistère. La guerre de 14 ayant raflé tous les mâles du canton, Jeannine lui fit vite une réputation. Et puis vint l’Armistice. Le retour des soldats, des maris. Un jour dans un panier en osier déposé devant la boucherie, Fernande, la mère d’André, trouva un joli marmot avec un petit mot : « Voici ton enfant, André, il n’est pas encore baptisé, prends-en soin ». André tomba immédiatement amoureux du bébé et refusa catégoriquement d’aller le noyer dans l’Odet comme sa mère lui ordonnait.

André se trouvera bientôt avec 7 enfants ; 5 garçons et 2 filles. Sa mère en trépassa d’une violente crise de goutte. Son père, Loïc, décida de porter son cercueil sur son dos jusqu’à la pointe du Raz. Les flots refusant d’emporter le cercueil, Loïc sauta dessus comme sur un radeau et déchira sa chemise, la hissant comme une voile.

Et ainsi André, à moins de seize ans, se retrouva orphelin et responsable de 7 enfants. Papa poule très attentif il prît le plus grand soin de ses petits.

Un beau matin craignant la fureur d’un mari jaloux André ferma la porte de la boucherie et prit courageusement la route, tirant à mains nues la charrette paternelle qui servait autrefois au transport de la viande fraîche sortie des abattoirs et qui ce matin-là était chargée d’enfants.

André décida non pas d’errer dans les forêts bretonnes ni de partir vers l’est dévasté par la guerre, mais de rallier les lointaines Amériques…

Un bifteck savoureux, saignant et tendre à la fois. Un roman dans la lignée de La jument verte de Marcel Aymé.

n.b. Martin Provost, né à Brest, est cinéaste et romancier. Il a réalisé quatre longs métrages dont Séraphine, film qui a obtenu 7 Oscars en 2009. En mai sortira son nouveau film Où va la nuit avec Yolande Moreau, adapté de Mauvaise pente excellent roman de Keith Ridgway, Prix Femina 2001 du roman étranger, un de nos gros « coup de cœur ». Il prépare un film d’après la vie de Violette Leduc.

Romancier il a publié Léger, humain, pardonnable (Seuil), Aime-moi vite (Flammarion) ainsi qu’un livre pour la jeunesse La Rousse péteuse (Gallimard jeunesse)

126 pages.