de José Antonio Labordeta et Traduit de l’espagnol par Jean-Jacques et Marie-Neige Fleury, aux éditions Attila, 15€

Combien sont-ils ? Une douzaine d’hommes qui ont grandi, travaillé, souffert ensemble -la vie, dans ce village de montagne, n’a jamais été donnée. A la fin, il y aura eu quatre morts et tous les autres auront été brisés, et leurs femmes, et leurs enfants. Simplement parce que des rumeurs de guerre civile ont permis de solder de vieilles jalousies -la politique ni la religion, bien sûr, n’y sont pour grand chose. C’est d’autant plus glaçant et nauséeux que tout cela est vrai, cela c’est vraiment passé dans la province de Teruel, et on le sait, cela peut à nouveau se passer n’importe où.
José Antonio Labordeta, chantre de l’autonomisme aragonais, a orchestré avec force les voix de ces gens-là, les victimes, les assassins -et ce peut être les mêmes-, les femmes aussi, celles qui d’ordinaire n’ont pas la parole et dont la violence, c’est connu, est dirigée contre elles-mêmes. Il y a aussi un marchand ambulant qui traverse ces carnages, qui, comme l’auteur rassemble ces bribes de monologues pour en faire un récit, entasse dans sa charrette « des cartons de peignes, des sandales, une caisse de sardines, quelques costumes en velours et toile fine » -et des cadavres.
Par sa pureté et sa dureté, Dans le tourbillon est tout bonnement un chef d’œuvre.
(Illustré de très belles gravures de Paz Boïra)

Paru en mars 2011. Roman. 13×20 Cm. 161 pages.