de Chantal Pelletier, aux éditions Joëlle Losfeld, 12.90€

Cyl, son presque jumeau, à la fois son meilleur copain et sa meilleure copine, vient voir la narratrice à l’hôpital à la suite d’un accident de voiture. Tu es une photographe pleine d’avenir lui dit-il en savourant des chocolats alors qu’elle doit se contenter des tuyaux qu’elle a plein la bouche.

Une fois rentrée chez elle, son père, fringant, lui prépare des petits plats. Mais vite elle s’aperçoit qu’elle ne ressent rien. J’avais un trou derrière les lèvres. Elle mange tout ce qu’elle trouve, mâche, avale. Rien n’arrivait. Ma bouche était morte. Elle a perdu le goût. Je pensais au Cri de Munch, qui n’est pas un cri mais le silence d’une bouche ouverte. Infirme. Sa bouche est devenue un trou qu’elle emplit. Bouche morte.

Elle abandonne son métier, son père étouffant et s’enfuit au loin. Inde, Japon, Chine… Elle arpente les étals, palpe, renifle fruits, légumes, épices. Elle s’initie à la cuisine. Régale les autres. Cette jeune photographe, égocentrée, immature, va éprouver de nouveaux sentiments et se découvrir un appétit de vivre jusque là ignoré.

Un court roman, très enlevé, dans lequel l’auteur, entre autres du Chant du bouc et de Paradis Andalous, qui a dirigé la collection Exquis d’écrivains, évoque avec sensualité et audace le plaisir des sens.

Un roman sucré et salé, acidulé et pimenté, entre larmes et rires, à déguster sans modération mais avec lenteur pour apprécier l’écriture colorée et savoureuse de Chantal Pelletier.

134 pages.