en-toute-franchise2de Richard Ford. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun, aux éditions l’Olivier, 21,50€

Retour de Frank Bascombe, ce double littéraire de Richard Ford, avec lequel nous avons fait connaissance en 1986 dans Un week-end dans le Michigan où, divorcé, en crise, il renonce à sa carrière de journaliste sportif. Dix ans plus tard, dans Independance (Prix Pulitzer) on le retrouve agent immobilier dans la petite ville d’Haddam, New Jersey. En 2005, dans L’état des lieux, Frank Bascombe fait le point sur sa vie.
Dans En toute franchise, Frank Bascombe en a fini avec sa vie d’ancien journaliste sportif et d’agent immobilier. A 68 ans il vit une retraite paisible dans le New Jersey. Paisible mais active : il lit des romans pour les non-voyants à la radio locale, écrit dans un journal destiné aux soldats qui rentrent au pays après leurs missions. Jusqu’au jour où arrive une catastrophe naturelle : l’ouragan Sandy qui fin octobre 2012 fit plus de 285 victimes sur la côte est des Etats-Unis..
Le livre est composé de quatre histoires qui ont un point commun : Frank Bascombe et cet ouragan Sandy.
Arnie, à qui il a vendu, huit ans auparavant, sa maison à Sea-Clift, la résidence secondaire dont tout le monde rêve, l’appelle et lui demande de venir sur les lieux. Sa maison a été détruite par l’ouragan. Dans la seconde histoire une femme noire, victime de l’ouragan, demande à visiter la maison où vit Frank Bascombe ; c’est la maison de son enfance. Dans celle intitulée « La nouvelle norme » son ex-femme, la mère de ses enfants vient s’installer tout près de chez lui. Dans la dernière une personne qu’il a connue mais oubliée l’appelle sur son lit d’agonie.
Tous ces romans analysent de façon fine la société américaine, les sentiments des personnages. Dans En toute franchise, Frank Bascombe, vieilli, est entouré de malades, d’amis morts qui tous le renvoient à son passé. Cependant, et c’est la grande adresse de l’auteur, ce n’est pas un livre triste, mélancolique, sur le vieillissement. En réalité c’est une réflexion enjouée sur l’âge. On ne vit pas dans le passé mais dans le présent. Carpe diem !
J’ajoute que, cette fois encore, Richard Ford nous fait souvent sourire, voire rire. Car L’écriture de Richard Ford est incisive, caustique et aussi marquée par une grande liberté de ton.
Si Bascombe/Ford fustige les Républicains et le « Tea Party », cela ne l’empêche pas d’ironiser gentiment sur les côtés bien-pensants d’Obama. Et de mesurer le chemin qui sépare encore les Blancs et les Noirs, même de bonne volonté.
Un vif plaisir de lecture.