enigde Russel Hoban, traduction Nicolas Richard, aux éditions Monsieur Toussaint Louverture, 20€

Pour évoquer ce roman, il faut immédiatement présenter son écriture qui est tout autant sa force que sa faiblesse.  En effet, il s’agit d’une écriture phonétique qui utilise des mot-valises et une nouvelle césure qui  oblige le lecteur à déchiffrer et recomposer le sens en permanence.

Extrait :
« Le jour de mon nommage pour mes 12 ans je suis passé lance avant et j’ai oxi un sayn glier il été probab le dernyè sayn glier du Bas Luchon. Toute façon y en avé plu eu depuis long tant avant lui et je me tends plus à en rvoir d’aurt. Il a pas fait le sol trembler ni rien quand ila foncé sur ma lance il été pas si gros en plus semblé chétif. Il a fait le requyri sest tourné sest dressé a claqué des croh et en suite voilà. Lui à 1 bout de la lance à donné ses lutimes coudes pattes et moi à l’aurt bout à le rgardé goniser. »

Autant dire qu’il faut beaucoup de patience pour appréhender cette lecture, forcément très lente.

L’histoire se déroule dans un futur extrêmement lointain, en Angleterre, des siècles après une explosion nucléaire qui a tout ravagé. Dans ce monde post-apocalyptique, la société est régie par Le grand Ram, qui professe sa bonne parole et asservit la population grâce à des spectacles de marionnettes. Il n’y a que quelques castes bien cloisonnées dans la société, définies par leur profession. On ne peut se déplacer qu’en groupe, au gré du travail à accomplir, entourés de garde du corps, le pays étant infesté de chiens sauvages très dangereux. La société est orale (sauf le narrateur qui a appris à écrire), et fonctionne sur un système de légendes, de prémonitions, et de croyances, un vrai retour à l’âge de fer.

Enig, le narrateur, vient d’avoir 12 ans et il est un peu différent du reste des hommes ; il se pose des questions, il sait écrire, et son instinct le fait sortir de la route toute tracée en sauvant un garçon qui semble posséder un grand savoir. Il commence alors à écrire son histoire.

Tout le génie du livre tient dans la lecture de son texte, dans la lenteur de la lecture qui recrée un temps, un autre espace. Elle est la mise en scène de son propre éclatement et moyen de recomposer ce dont elle est issue.  Le génie tient ici à entraîner le lecteur vers une abondance de signes littéraires qui forment un ailleurs saisissant.

Un livre étonnant à condition d’entrer dans son système.

nonoko