de Jón Kalman Stefánsson et Traduit de l’islandais par Eric Boury., aux éditions Gallimard, 21€

Mars, mois blanc de neige. Barður et le gamin s’éloignent du Village de pêcheurs, notre commencement et notre fin, le centre de ce monde. Et ce centre du monde est dérisoire et fier. Ils avancent à vive allure, pour arriver avant les ténèbres aux baraquements des pêcheurs. D’un côté, la mer, de l’autre des montagnes vertigineuses comme le ciel : voilà toute notre histoire.

Nous sommes en Islande au début du siècle denier. Voilà deux semaines qu’ils ne sont pas sortis en mer à cause d’une tempête hurlante qui a effacé tout paysage, brouillé les directions, le ciel, l’horizon et gommé jusqu’au temps lui-même. Tout en marchant Barður pense à Sigríður, à sa longue chevelure noire, à son rire et ses remarques qui, bien souvent, influent sur le cours de l’existence ; le gamin lui pense qu’il veut accomplir quelque chose dans cette vie, parcourir le monde, atteindre l’essentiel, quel qu’il soit. Arrivé au baraquement Barður vide son sac : trois journaux, du café, du sucre candi, du pain de seigle, de la brioche, deux livres de la bibliothèque du vieux capitaine aveugle Niels Juul, le plus grand héros des mers du Danemark et Le Paradis perdu de Milton.

Ils sortent la barque à six rames. Il va falloir ramer profond, le vent est trop faible pour gonfler les voiles. À trois heures du matin, lorsque Benedikt souffle dans sa trompette, donnant ainsi le signal du départ, soixante barques s’élancent. Ils vont passer quatre heures à ramer avec constance pour arriver sur le lieu de pêche. Une sortie de douze heures. Avant le prochain repos.

Une fois sur le lieu de pêche la longue attente commence pour que le poisson morde, deux heures au fond d’un cercueil ouvert sur la mer. Il gèle, le vent forcit. Les hommes revêtent leur vareuse. Sauf Barður qui, trop occupé à mémoriser les vers du Paradis perdu, a oublié de prendre sa vareuse. La pêche est bonne mais une tempête se prépare. Le froid s’empare de Barður et ne le lâche plus…

La seconde partie du roman se passe à terre. Là où les femmes de pécheurs vivent dans l’attente du retour des barques. Le gamin va rapporter le livre de Barður au capitaine aveugle et tenter de retrouver la force et l’envie de continuer à vivre.

Un des plus beaux romans que j’ai lu depuis longtemps. Une écriture splendide, envoûtante. Une révélation.

Hommage vibrant au traducteur, Éric Boury.

Jón Kalman Stefánsson, né à Reykjavik en 1963, est poète, romancier et traducteur. Entre ciel et terre est son premier roman traduit en français.