EtElleCroyait2de Chantal Pelletier, aux éditions Joëlle Losfeld, 14.90€

Chantal Pelletier a fait du café-théâtre ; elle a été l’une des Trois Jeanne. Elle a écrit des nouvelles, des polars – dont quatre à la « série noire » parmi lesquels Le chant du bouc qui reste pour moi un grand moment de lecture… – des romans (Paradis andalous, De Bouche à bouches, Cinq femmes chinoise).

Et elles croyaient en Jean-Luc Godard est son nouveau roman.
Un soir de 1964 Anne, quinze ans, a une véritable révélation en voyant A bout de souffle de Jean-Luc Godard. Avec Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo qui vivent à 200 à l’heure, s’aiment, jouent, meurent.
n.b. Ce film disponible à la Mémo, la médiathèque de Montauban, que j’ai revu récemment supporte fort bien la cinquantaine.
Elle réalise alors qu’elle s’ennuie, qu’elle mène une vie routinière auprès de ses parents, paysans exilés à la ville, dévorés par le travail avec pour seule envie celle d’acquérir des biens matériels à la sueur du boulot.
Elle a deux bonnes copines, de fait plus que des copines puisque ce sont « plus que des sœurs » : Marie, intello, politisée et Brigitte, une sulfureuse comédienne.
Nous allons les suivre durant 50 ans, jusqu’en 2014.
Nous fêterons avec Anne sa première cuite à seize ans, ses vacances avec ses parents qui savourent leurs congés payés à Saint Jean de Luz alors qu’elle ne veut personne, que la mer et le sable chaud et se repasser Alphaville, un autre Godard avec Anna Karina et Eddie Constantine. Au retour de ces trois semaines elle retrouve Marie dans la canicule lyonnaise. Elles décident que le temps est venu de coucher ; elles ne peuvent pas rester comme ça. Elles seront fières d’avoir accompli la formalité. Quoique un peu déçues. Mais ce qui compte c’est que ça ne compte pas !
Après avoir lu une chronique dans « Le Nouvel Observateur » de Michel Cournot sur Pierrot le fou, toujours de Godard, Marie s’abonne illico à l’hebdo, certificat d’émancipation, quasiment un divorce d’avec ses parents, adeptes de « Confidences », du « Progrès » et de « Paris-Turf »
Je vous laisse découvrir ce qui va advenir à Anne et Marie, ces jeunes femmes qui ne veulent pas que du pain, elles veulent toute la boulangerie. Les hommes, les mariages, les enfants. Les voyages. Le succès mais aussi les malheurs.
C’est un formidable hommage à l’amitié, au cinéma, mais aussi à la lecture.
L’écriture est vive, physique, sensuelle, luxurieuse. L’humour souvent acide toujours présent.
Allez lisez Chantal Pelletier !