de Colum McCann et traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, aux éditions Belfond, 22€

Que les lecteurs du Chant du coyote, des Saisons de la nuit, de Danseur, de Zoli, ainsi que de ses deux recueils de nouvelles, se réjouissent : Colum MacCann, cet écrivain irlandais qui vit à New York, vient de publier un nouveau roman, un livre formidable qui les hantera longtemps. Quant aux autres, voici une belle occasion de découvrir cet auteur.

Nous sommes à New York en août 1974, le mois où Nixon démissionna. Le 7 août, deux jours avant cet événement historique considérable, Manhattan fut le théâtre d’un extraordinaire fait-d’été : un jeune funambule français, Philippe Petit, a tendu sa corde entre les deux tours du World Trade Center – celles qui seront détruites le 9 septembre 2001 – qui venaient alors d’être construites. Et le voilà qui, à 412 mètres d’altitude, s’élance sur un fil long de 64 mètres.

Autour de cet évènement Colum McCann nous raconte des histoires inoubliables de personnages dont les destins s’entrecroisent alors que pour eux le temps s’est suspendu, rendant l’avenir encore plus incertain.

La construction du livre est vertigineuse; on est emporté d’une histoire à l’autre, d’un personnage à l’autre, sans jamais perdre le fil du roman. L’écriture est superbe : chaque histoire – et elles sont nombreuses – est racontée avec un style différent. Au passage coup de chapeau au traducteur Jean-Luc Piningre !

Parmi les nombreux personnages :

– Corrigan, un prêtre irlandais qui vit dans un appartement minable et s’emploie à atténuer les souffrances des autres, prostituées, miséreux, sans se soucier des siennes. Entre autres, il prête son appartement aux prostituées pour la « pause pipi », entre deux passes. Il a fait voeu de chasteté mais éprouve un amour pressant pour Adelita, jeune veuve avec deux enfants, qui embellit quand on la regarde;

– Claire Soderberg, mariée depuis 31 ans à Solomon, juge, président du tribunal devant lequel comparaîtra le soir le jeune funambule. Pour l’heure elle offre le petit déjeuner à quatre femmes – trois blanches et une noire, Gloria – qui ont toutes perdu un ou plusieurs fils au Vietnam. Elle habite un somptueux appartement sur Park Avenue où Gloria, jusque-là, n’avait jamais été qu’au Monopoly…

– Blaine et Lara, deux artistes peintres qui, depuis deux ans vivent dans une cabane sans confort, à deux heures de voiture des lieux où, auparavant, délaissant la peinture, ils avaient mené une vie où seuls comptaient les boites de nuit, les partouzes noyées dans la drogue, l’alcool…Tout était fabuleux y compris les descentes et la déprime.

– Tillie, prostituée noire, et sa fille Jazzlyn qui se retrouvera aussi sur le trottoir, même si sa mère disait : « Le premier truc qu’on se dit quand on a une petite fille c’est qu’elle ne fera jamais le trottoir. Juré, craché. Donc on va au turbin pour qu’elle n’y aille pas »

– Des jeunes programmeurs, basés sur côte Ouest, – Quand on programme le monde rapetisse et ne bouge plus. On oublie tout le reste. C’est une transe ! – qui piratent les lignes téléphoniques avec leurs ordinateurs et appellent des cabines proches des Tours de New York pour savoir « si c’est vrai, s’il y a bien quelqu’un là-haut » et auxquels un spectateur répondra que oui, mais qu’il ne se contente pas de marcher sur le fil, il court, danse, saute à cloche-pied, et même s’agenouille, s’allonge…

– et tant d’autres personnages, dont Gloria qui jouera un rôle central.

Une époustouflante plongée dans le coeur de New York par un écrivain majeur de notre temps.