de Joyce Carol Oates et Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban, aux éditions Philippe Rey, 20€

Fin d’été 1974. Deux jeunes filles de 18 ans partagent une chambre sur le campus du Schuyler College, l’une des universités féminines les plus fermées et les plus exigeantes d’Amérique du nord.
Minette Swift, étudiante boursière, fille d’un pasteur noir, est la première de sa famille à entrer à l’université. Elle est refermée, agressive. Elle ne cherche ni à s’intégrer, ni à plaire. Seuls comptent pour elle sa famille et Jésus, son sauveur. Très vite elle s’attire l’animosité des autres étudiantes.
Genna Meade, est blanche. Elle est descendante du fondateur de l’université où elle étudie. Sa mère, Veronica, est une ex-hippie bohème et fantasque, son père, Max – Mad Max – est un théoricien d’extrême gauche, avocat des objecteurs de conscience, surveillé par le FBI. Genna est souriante, soucieuse de bien faire. Minette est une énigme pour elle. Un mystère et un éblouissement. Elle décide de faire en sorte que Minette l’aime. Et même lorsque Minette lui lance des regards en biais, des regards comme des poings fermés, une lueur de méfiance dans les yeux, elle ne veut pas renoncer.
Des actes de malveillance racistes se multiplient contre Minette Swift : sa vitre est fêlée par une branche d’arbre, son anthologie de littérature américaine est détériorée, un dessin insultant est glissé sous sa porte. Tout cela scandalise Genna. Minette qui avait été dans les premières de sa classe au lycée peine à obtenir des notes convenables ce qui peut remettre en cause sa Bourse. Minette prie de plus en plus sur un ton impatient, impérieux. Minette devient boudeuse, colérique, d’humeur imprévisible. Elle grossit. Et refuse la main tendue de Genna.
C’est Genna qui raconte cette histoire, quinze ans plus tard. Elle annonce d’entrée de jeu qu’elle va mettre par écrit tout ce qu’elle sait sur Minette et sa mort dramatique survenue en avril 1975. Chaque jour de ma vie, depuis sa mort, j’ai pensé à Minette et au supplice de ses dernières minutes, car j’étais celle qui aurait pu la sauver, et je ne l’ai pas fait. Et personne ne l’a jamais su.
Joyce Carol Oates, cette fois encore, fouille en profondeur le dédale des consciences pour dresser deux portraits complexes de ces deux jeunes étudiantes. Tout devient dérangeant, ambigu.
Une histoire captivante avec pour toile de fond l’Amérique des années 70 par l’auteur, entre autres, de Les Chutes (prix Femina étranger) et de La fille du fossoyeur deux livres que je vous ai vivement recommandés.
n.b. L’éditeur Philippe Rey propose simultanément à Fille noire, fille blanche, un recueil de nouvelles de Joyce Carol Oates Vallée de la mort , paru aux Etats-Unis en 1991 sous le titre Heat.

380 pages.