IdentitesBarbaresde Carine Fernandez , aux éditions Lattés , 4€

Voici un petit livre léger en poids et en prix, léger comme le regard joyeux que Virgile, jeune étudiant « littéraire pur sucre » porte sur sa ville, Lyon, en pleine splendeur automnale. Il aime y flâner seul ou avec ses copains. Et justement cette nuit, ils font la tournée des bistrots en l’honneur de Mazaki, un Japonais fraichement débarqué, émerveillé par notre beau pays si artistique. Mais la fête s’interrompt brusquement en raison d’une rencontre avec une bande de cranes rasés et leur destin va basculer dans le drame…

« Identités barbares » est sorti dans la nouvelle collection « Plein feu » de chez Lattés, une collection de courts textes littéraires engagés, car, dit l’éditeur, « le regard de la fiction reste le plus juste, le plus féroce pour révéler la folie du monde ».

Dans ce roman-miniature allégrement poétique, Carine Fernandez dénonce la barbarie raciste.

Un petit échantillon :

L’arrière-saison a la douceur d’une pâte de coing et l’air est spirituel. La lumière d’automne d’un doré onctueux se dépose sur les façades, comme une patine. J’avance allégrement sur le quai Claude-Bernard, traverse d’un pas lyrique le pont de la Guillotière. Je sens qu’aujourd’hui, miraculeusement, le rythme de mon pas, la détente de mon jarret est en communion avec le jour, répond à la vibration qui traverse la ville. Les feuilles des platanes sur le quai bruissent comme des jupons de danseuses, illuminés par en dessous, et c’est une féerie sylvestre au cœur de la ville, une féerie où des péniches furtives glissent en silence sur le Rhône étoilé, et des Vélo’V rouges se coursent le long des berges, tandis que les piétons, comme dans les tableaux de Chagall, semblent prêts, à chaque pas, à prendre leur envol.

«Il fait si beau qu’on ne peut s’embrasser dans les maisons.» La phrase me chante dans la tête, se dilate comme un parfum d’iris, la phrase de mon merveilleux, mon ineffable Nerval, que je ne partage pas. Nerval, je me le garde égoïstement.