de Dominique Fabre, aux éditions Fayard, 17.9€

Je ne sais si « on a tous en nous quelque chose de Callaghan », comme le dit un peu gauchement la couverture, mais je suis sûr que nous l’avons tous connu au cours de nos années de lycée, ce garçon dont nous enviions la vie mystérieuse et l’élégance naturelle.
Le Jimmy Callaghan dont il est question ici est le fils d’un maçon anglais et d’une mère remariée en Provence, interne à mi-chemin dans la banlieue parisienne. Le samedi il rejoint à Paris un appartement vide où il s’ennuie. Tous ses condisciples se disputent son amitié et les cigarettes qu’il distribue à foison. Un peu comme si le Grand Meaulnes fumait des JPS.
Vingt ans plus tard, alors que le narrateur doit vider l’appartement et l’existence de celle avec qui il vient de vivre quelques années moroses, il retrouve Callaghan dans un square, encombré d’une énorme valise qui contient toute sa vie. Encore dix ans et il ramènera cette valise à Londres, où Callaghan est devenu un tenancier de pub gras et pâle. Le Grand Meaulnes ne devrait pas vieillir.
Dominique Fabre pratique avec talent une écriture en contre-pied
: ses phrases ne finissent jamais là où on les attend, et cela donne un déséquilibre aigre-doux à cette histoire d’une vie qui, comme beaucoup, n’a pas tenu les promesses de son adolescence.

Paru en janvier 2010. Roman. 14×22 Cm. Broché. 221 pages.