CHRONOGRAPHIE

de Dominique Goblet et Nikita Fossoul

Chronographie est un jeu de miroir, une façon pour Dominique Goblet de déjouer les faux-semblants et de s’interroger sur la nature de l’amour maternel.

Tout commence en 1998. Comme le raconte elle-même Dominique Goblet dans la postface du livre, sa fille, Nikita, est en train de regarder la télévision, la tête émergeant des couvertures. Dominique prend un carnet, tente de figer l’instant, de capter par le dessin sa fille de sept ans à ce moment précis. Dans la foulée, l’idée d’un “contrat” va naître : une semaine sur deux, prendre le temps de se dessiner l’une l’autre. Pendant dix ans. Pour une enfant de l’âge de Nikita, ces dix ans sont aussi lointains, aussi abstraits que le choix de ses futures études. Pourtant, elles tiennent bon, toutes les deux. Même les jours d’orage.

Chronographie, c’est donc ça. 270 sessions de dessin réunies au format réel, sans commentaires ni texte rajouté, hormis l’introduction et la postface. Mais 270 sessions qui plongent au cœur même du lien. Au départ, une mère qui porte un regard sur sa petite fille, avec ses outils bien affûtés de peintre. Elle maîtrise déjà parfaitement le dessin, capte non seulement les traits mais aussi l’esprit de Nikita. Et une fille qui, au contraire, ne possède pas l’outil, mais qui dessine spontanément, sans mesurer l’enjeu et sans aucune crainte. Quand le dessin n’est pas encore suffisamment assuré pour transcrire les émotions, elle ajoute un petit commentaire. “Elle a un pull multicolore avec plus de rouge“, ou encore : “A Noël, maman ne se décore même pas“.

Peu à peu, l’envoûtement de cette succession de dessins emporte le lecteur dans un tourbillon, comme deux existences qui défilent sous nos yeux, qui se disent sans vraiment se raconter. La représentation de la mère par la fille passe du geste enfantin au dessin adulte alors que le visage ne change guère. A contrario, le dessin de la mère évolue peu mais le visage de l’enfant devient celui d’une jeune femme. Nous sommes au cœur de leur intimité, dans cette relation au temps si singulière : dix ans d’un jeu de miroir ramassés en quelques centaines de dessins.

Aux editions L’Association, 49 €