de Lionel-Edouard MARTIN, aux éditions Arléa, 15€

Le beau-père du narrateur vient de mourir. A la retraite, il s’était installé à « Palud », grande ville du Béarn, dans une belle demeure où se rendaient chaque été le narrateur, sa femme et ses filles. Il s’agit donc d’organiser les obsèques et de vider et vendre la maison. Sujet lugubre et pesant, s’il en est un!
Or le lecteur n’arrête pas de s’amuser, de s’extasier tout au long de ce récit découpé en courts chapitres. Car Martin est un virtuose de la langue, un magicien des mots qui fait sortir de son chapeau à foison lapins et tourterelles métaphoriques.
Peut-on résister à ses portraits comme celui de la jeune et gaie employée des Pompes Funèbres, « vivant oxymore » ou ceux des « puissantes serveuses aux « r » caverneux dans la voix, Padiracs de chair, volubiles et pleins d’échos – qui se meuvent entre les tables comme du vide incarné » ? Et que dire de ses descriptions de paysages ou d’agapes à base d’oies gavées dont « l’heureuse cirrhose (…) crée l’euphonie »?
Ainsi l’auteur se contredit, lui qui écrit que « d’un deuil, on émerge sans mots, comme on revient du cabinet dentaire avec un trou dans la gencive et une souffrance nouvelle ». Son hommage délicat et élégant prend la forme de l’ « un de ses longs chats, très lents, dont le dos requiert une caressante main d’homme pour se voûter en pont – reliant, entre deux rives, les vivants et les morts ».

Paru en février 2009. Récit. 13×21 Cm. Broché. 188 pages.