de Gérard Donovan et Traduit de l’anglais par Georges-Michel Sarotte, aux éditions Seuil, 19.50€

Le décor est celui du Maine, au Nord des Etats-Unis, près de la frontière canadienne, dans ces forêts belles et âpres où les longs hivers trempent le caractère des habitants. Julius Winsome vit seul dans un chalet aux murs tapissés de livres où ont vieilli et sont morts son grand-père, qui a fait la guerre en France et en a ramené un fusil, et son père qui lui a appris à s’en servir. Il n’y a pas beaucoup de place pour les femmes dans ce pays, dans cette histoire. Pourtant un jour Claire arrive au chalet de Julius, et le temps d’un été ce sera comme un peu plus de soleil dans sa vie, Claire et Hobbes, le chien qu’elle lui a fait acheter avant de rejoindre le cours grisâtre de sa vie en ville, où l’attend son policier de mari.
Voilà qu’un matin Hobbes est tué, par un chasseur probablement, Julius croit se souvenir, en se repassant inlassablement le film de ces heures-là, avoir entendu un coup de feu. Les annonces qu’il pose pour demander des indices qui lui permettraient de démasquer le coupable sont recouvertes de grossièretés. Alors inexorablement et -c’est la force de ce livre- naturellement, Julius va mettre en œuvre sa vengeance. Il décroche le fusil et s’enfonce dans les bois à la recherche de chasseurs. Derrière lui les morts se multiplient. Dans le décor glacé de la forêt, magnifiquement décrit, il avance, glacé lui aussi, vers un dénouement qu’il sait tragique.
Julius Winsome est un vrai roman noir, sa progression implacable nous amène aux frontières de la folie sans qu’il ne soit jamais question de porter un jugement moral : « Aucun motif logique, aucun rêve ne m’avait poussé à agir où n’avait fait naître un autre homme en moi. J’étais seul responsable de tous mes actes (…)/Il était mon ami et je l’aimais. Un point c’est tout. »

Paru en février 2009. Roman. 14×21 Cm. Broché. 244 pages.