de Jay McInerney, aux éditions L’Olivier, 22€

On retrouve Corrine et Russell, réconciliés, une dizaine d’années après “Trente ans et des poussières”. L’avenir était alors chantant. Il l’est moins. Leur couple stagne. Socialement ils s’en sortent assez bien. Russell, éditeur, a obtenu quelques succès. Corrine a abandonné son travail pour s’occuper de ses deux enfants. Elle est, cependant, passée experte en culpabilité ; rien à voir avec la pointe lancinante d’un remords après une mauvaise action – plutôt l’élancement morne et régulier de la culpabilité chronique(…) Mauvaise mère, mauvaise épouse, mauvaise hôtesse. Mauvaise
Ce soir là, le 10 septembre, Russell prépare le dîner pour un groupe d’amis, un peu dépité que Salman Rushdie se soit décommandé en dernière minute.
Dans un autre appartement luxueux de Manhattan, Luke, ex-financier philanthrope qui se sent de moins en moins chez lui dans leur chambre à coucher, contemple sa femme Sasha en pleine séance de mise en beauté avec son équipe de maquilleurs et de coiffeurs. En un sens c’était son métier d’être belle. Ils vont assister à un dîner de charité.
Deux scènes dans la description desquelles Jay McInerney excelle : le dîner entre intellos, vaguement artistes chez Corrine et Russell et la soirée de charité à laquelle assistent Sasha avec enthousiasme – elle adore se montrer – et Luke avec résignation.
Le douze septembre, le jour d’après , Corrine et Luke, ce dernier en vie par miracle, se croiseront sur les ruines des tours jumelles assassinées. Une ville et ses habitants vont s’entraider, découvrir la solidarité, se regarder dans les yeux, pleurer en public sans avoir honte. Les codes sociaux sont bousculés, chacun se remet en question. Pendant un bref moment, les New-yorkais sont devenus plus humains. On a pu croire que quelque chose changerait vraiment . Mais tout rentrera dans l’ordre précédent.
Corrine et Luke vivront une intense passion clandestine qui leur fait oublier les valeurs superficielles auxquelles ils avaient cru jusqu’alors.
La résignation ôtera à la passion ses forces vives. Ces personnages solitaires trouveront un amour solide et durable dans celui qui les unit à leurs enfants. Le livre se termine sur un Voilà, mal à l’aise et exalté.
Jay McInerney décrit non pas l’horreur du 11 septembre mais ses conséquences sur ses personnages. C’est avec un humour finement distillé qu’il peint les angoisses et tourments existentiels des « bobos » new-yorkais. Comédie ou tragédie ? On retrouve dans ce roman toutes les qualités de Jay McInerney : la satire féroce et drôle de la comédie sociale, l’analyse subtile et ciselée de la psychologie des personnages, ainsi qu’une certaine légèreté mais cette fois teintée de gravité et d’une certaine mélancolie.

Paru en février 2007. Roman. 426 pages.