de Monika Fagerholm et traduitdu suédois (Finlande) par Anna Gibson, aux éditions Stock, collection La Cosmopolite, 24€

La fille américaine c’est Eddie de Wire, dix-neuf ans, retrouvée noyée dans le marais de Bule, dans le Coin, un endroit situé de l’autre coté de la Terre. Suicide, meurtre ? C’est Bengt, treize ans, qui, du haut de son rocher, la découvre, gisant au fond des eaux troubles et sombres du marais, inaccessible, visible de lui seul. Plus tard il trouvera Bjorn, dix-neuf ans, fou amoureux de la fille américaine, pendu dans une grange. Il criera, hurlera puis sera frappé de mutisme, pour longtemps.
La mère de Bjorn retrouvera vie et espoir en adoptant Doris, huit ou neuf ans, la gosse des marais, une enfant maltraitée qui n’avait pas de foyer digne de ce nom.
Si je vous dis que Doris se suicidera lorsqu’elle aura seize ans et que Sandra, sa meilleure amie, gardera le lit plusieurs semaines à la suite de ce nouveau drame vous allez penser 1°) que c’est un livre sinistre, 2°) que je viens de vous raconter les faits saillants du livre.
Il n’en est rien. D’abord parce que ces drames sont dévoilés dès les premières pages du livre car ce qui intéresse l’auteur ce n’est pas tant le suspense conduisant à ces drames que tout ce qu’il y a autour. Ensuite parce qu’à partir d’histoires aussi noires la romancière finlandaise réussit à écrire un livre envoûtant, enchanteur, irradié par la lumière des fins d’été nordiques.
Difficile de rendre compte de la richesse d’un tel livre où le présent, les retours en arrière, les rêves, les fantasmes, les souvenirs sont subtilement entrelacés, au risque parfois de décontenancer le lecteur.
Dans cette petite communauté finlandaise ébranlée par la mort de la jeune fille américaine nous retrouvons quelque temps après ce drame Doris qui un beau jour va dormir au fond d’une piscine, trou sans eau, attenant à une très étrange villa ressemblant à un chalet suisse avec un imposant escalier extérieur. C’est la maison que l’Ålandais a offert à Lorelei sa femme avec laquelle il entretient une passion brûlante et régressive. Cette maison de la partie boueuse de la forêt dont Lorelei dira qu’elle est à elle, mais non comme une chose qu’on possède. Comme un destin. Leur fille Sandra, solitaire, timide et triste, va découvrir Doris dormant au fond de la piscine. Une vingtaine de minutes plus tard toutes deux vont devenir les meilleures amies du monde, inséparables et inventer des jeux, rien que pour elles deux, des jeux de détective pour de faux mais dans lesquels tout a un arrière-plan réel comme Le jeu de Lorelei Lindberg et de Heinz-Gurt (ce dernier est venu enlever Lorelei, sa maîtresse) et Le mystère de la fille américaine.
Le monde de l’adolescence avec ses angoisses, ses tourments, ses illusions, ses rêveries, ses jeux, sa magie, ses mystères, ses passions est exploré avec une densité romanesque saisissante.
Encore une belle réussite de la collection La Cosmopolite qui propose une sélection remarquable de littérature étrangère.
Signalons, enfin, l’excellence de la traduction d’Anna Gibson.

n.b. Née en 1961, Monika Fagerholm est un écrivain finlandais de langue suédoise. La fille américaine est son troisième roman. Son premier roman Femmes merveilleuses au bord de l’eau, traduit aussi par Anna Gibson, est paru chez Gallimard en 1998.

Paru en août 2007. 564 pages.