finDuMondede Fabrice Colin, aux éditions Livre de poche, 6.10€

Le roman se déroule autour de quatre adolescent, autant dire des “presque-adultes”. François est parisien. Il habite les beaux quartiers de la capitale, fréquente des établissements scolaires prestigieux ; il appartient à cette bonne bourgeoisie française, un peu catho par tradition, un peu réac aussi. Puis il y a Hafsa, jeune musulmane habitant Le Caire, petite terroriste intégriste qui a tenté de se faire sauter aux explosifs mais qui n’a réussi qu’à s’arracher une main. Une martyre. Elle hait l’occident, son arrogance, ses excès. Mais elle se souvient avec nostalgie de son grand père qui lui lisait le Coran comme un livre d’amour, d’union et de partage. Au fond, elle subit un embrigadement politique que ses souvenirs fragilisent. Puis il y a Xian, un jeune Chinois issu d’une famille de médecins qui ont fait fortune en quelques années. Il est l’enfant du miracle économique chinois, miracle tout en nuance car aucune fortune n’a permis de sauver sa mère morte alors qu’il était petit, trop petit. Depuis, son père est une ombre, incapable d’amour ni paternel ni maternel de substitution. La fortune ne peut rien non plus pour l’amour. Et enfin il y a Jim, jeune américain fils d’un sénateur qui n’a qu’une passion, qu’une motivation, qu’une obsession presque une pathologie : intégrer les Seahawks, l’équipe de football américain de Seattle.
Ces quatre jeunes au profil atypique dans les romans pour la jeunesse sont ni naïfs ni stupides. Ils viennent de quitter l’ensoleillement de l’enfance et abordent avec lucidité une mondialisation qui distend les frontières mais contracte les relations. C’est dans ce contexte que le hasard va faire converger leur parcours.
Quand les premières bombes atomiques explosent sur San Franscisco, Los Angeles et San diego, les missiles américains ne tardent pas pointer Pékin. François, Hafsa, Xian et Jim savent désormais que le monde s’embrasse. Sans manichéisme ou sensiblerie outrancière, ce roman décrit la fin du monde, l’apocalypse nucléaire, les territoires entiers rayés de la carte, les soulèvements populaires, les pillages, les milices, les viols, les meurtres sauvages, les foules, la confusion, les enfants perdus, en un mot le chaos. François, Hafsa, Xian et Jim tente de rallier une base secrète au Groenland, mais quand les civilisations volent en éclats, rien n’est simple.
Un roman passionnant qui montre une fois de plus que la frontière entre le roman adulte et jeunesse et est très mince. La fin du monde fait place à un second tome que j’attends avec impatience.
Nonoko