«La librairie Deloche fête cette année ses 85 ans d’existence, ce qui fait d’elle, à notre connaissance, la plus ancienne librairie indépendante de la région dans la même famille» déclare avec fierté Danielle Deloche, qui a rejoint l’équipe avec son compagnon Philippe Bernadou en 1988. «L’origine de notre librairie remonte à la nuit des temps ou presque. Selon les documents «Masson» elle aurait été fondée en 1770» ajoute Danielle, digne représentante de la 3e lignée familiale, qui est née en 1952, dans l’appartement familial au-dessus de la librairie.

Idéalement située au cœur du centre-ville, la librairie fait en effet partie du paysage montalbanais et elle a su évoluer avec son temps.

Une belle histoire d’amour..

C’est en juillet 1929 que la famille Deloche -Faucheux (respectivement le grand-père Lucien, son épouse Marie-Félicie et sa belle-sœur Joséphine) achète la librairie Masson, qui l’avaient eux-mêmes rachetée aux Laforgue en juin 1908. (cf. L’Histoire de l’Imprimerie et de la librairie à Montauban d’Emmanuel Forestié). D’origines auvergnates, Marie-Félicie et sa sœur aînée Joséphine tenaient déjà une petite librairie dans la ville d’eau de Châtel-Guyon. René était plutôt attaché à la terre et c’est par amour et pour faire plaisir à son épouse, qui voulait vivre dans le Sud, qu’il est arrivé à Montauban.

«À l’époque, le magasin était beaucoup plus petit. Sur un seul niveau, à l’angle des rues de la République et Saint-Louis (maintenant Résistance), il finissait avant l’actuel porche d’entrée.»

Et une remarquable saga familiale…

«Pourtant, au regard de la modestie de leurs moyens, c’était un sacré pari ! Ils ont vendu leurs terres, emprunté à la famille et se sont mis à travailler sans relâche, tradition familiale qui perdure toujours…» ajoute Danielle. «En ce temps-là, on vendait et on louait des livres à la semaine, surtout de la littérature. On vendait aussi des articles de papeterie, à l’unité : une plume sergent-major n° 4 par exemple. On ouvrait tous les jours, même le dimanche matin. Mon grand-père faisait le camionneur. Très sociable et entreprenant, il a aidé les sinistrés à déménager et à rebâtir lors des inondations de 1930, se rendant populaire dans les campagnes.

En 1955, mes grands-parents ont racheté l’immeuble, puis, en 1959 et 1960 les deux magasins mitoyens Bon et Mialhe, en profitant pour agrandir l’espace de vente. Il fallait traverser le porche pour passer entre les 2 parties du magasin. Outre une partie des livres, on y trouvait les disques, la Hi-Fi, les télés sous l’égide de mon oncle Marcel, mon père René se consacrant aux livres, mon grand-père à la papeterie et à la marche générale de l’affaire tandis que ma grand-mère se réfugiait dans les travaux d’écritures.

En avril 1968, la société devient à nom collectif associant Lucien et ses deux fils. Hélas, Marcel meurt peu après dans un accident de voiture en janvier 1969. Petit à petit, «ses» rayons vont disparaître au profit de la librairie, les disques en dernier en 1987. De grands travaux en 1972 permettent de réunir les deux magasins, d’investir une partie de l’étage consacrée à la Jeunesse et à la maroquinerie avec ma mère Lilou ; la cave devient pochothèque. En 1996, nous avons refait le magasin dans sa configuration actuelle. La cave est devenue un lieu d’animation, l’étage s’est agrandi pour héberger Poches et Scolaire. Et en l’an 2000, nous avons informatisé la librairie» conclut-elle.

La librairie en ligne

Aujourd’hui, les grands-parents et la maman Lilou qui s’occupait du rayon jeunesse et BD nous ont quittés, mais René est toujours là, habité par sa passion des livres, qu’il a su transmettre à sa fille. Contre toute attente, la librairie a résisté à la crise du livre et a su évoluer avec son temps. À une époque, la librairie a failli fermer mais a tenu bon. Elle s’est modernisée, a informatisé son stock, ouvert son site et depuis peu, un nouveau service en ligne accessible 24 heures/24 sur Deloche. fr

Actuellement la librairie Deloche emploie 10 personnes, Ghislaine, l’employée la plus ancienne a été embauchée en tant qu’apprentie à l’âge de 15 ans, le 1er septembre 1975. «On est une aberration économique» sourit Danielle «mais on est toujours là.»

Propos recueillis par Gisèle Dos Santos
Texte et photo © La Dépêche du Midi