de Pierre Gourdain, Florence O’Kelly, Béatrice Roman-Amat, Delphine Soulas, Tassilo von Droste zu Hülshoff, aux éditions Mille et une nuits, 12€

Les encyclopédies vont-elles mourir ?

L’internaute la connaît et l’utilise depuis quelques années déjà. Difficile, lors d’une recherche sur la toile, d’échapper au renvoi vers les pages de l’encyclopédie collaborative en ligne, dont le projet n’est rien moins que de s’ériger comme la référence ultime en terme de connaissance. Car là où les encyclopédies « papier » sont inévitablement limitées par leur volume et leur coût, Wikipédia a pour elle la puissance du nombre : rédacteurs bénévoles, diffusion mondiale instantanée, stockage virtuel, et – bien sûr – gratuité. Le principe est simple : des anonymes, compétents ou non, rédigent en ligne un ou des articles sur les sujets de leur choix, les textes pouvant par suite être modifiés, corrigés, et même vandalisés, par les autres usagers. On voit rapidement se profiler l’écueil d’un tel procédé, analysé par cinq étudiants de Sciences-Po sous l’égide de Pierre Assouline : comment prétendre fournir une connaissance fiable lorsque les auteurs des articles ne sont pas nécessairement des spécialistes reconnus comme tels, mais des internautes parmi lesquels le bon grain est difficilement séparable de l’ivraie ? Car le problème que pose Wikipédia n’est pas seulement économique – en mettant en crise la pérennité des encyclopédies traditionnelles, mais aussi épistémologique : quel avenir pour la connaissance, si celle-ci prend la forme d’un contenu, certes actualisable en un clic, mais ne pouvant réellement être ni validé, ni invalidé ? Cet essai, que l’on sent animé par l’enthousiasme de ses co-rédacteurs autant que par un souci d’objectivité, soulève quelques lièvres au pays des chevaux de Troie, et invite son lecteur à penser la transmission du savoir sous un jour nouveau.
(Aurélien Vinés)