de Yamen Menai, aux éditions Elyzad, 19.16€

Disons-le tout net : dans l’abondante production romanesque, il est rare de rencontrer un livre qui offre un bonheur de lecture aussi fort et aussi persistant.

A Santa Clara, quelque part en Amérique du Sud, « c’est à dire nulle part », se sont regroupés depuis la nuit des temps espagnols, noirs, arabes, juifs, gitans,,, qui vivent dans la bonne entente chamailleuse des gens du Sud et dans l’amour du rhum exceptionnel qu’ils distillent. Ce rhum malheureusement arrive au Palais -et au palais- du Président-Général du pays qui décide d’en faire le fleuron de la nation. Il missionne pour cela un jeune agronome frais émoulu de l’Académie Agricole de la Révolution et un détachement militaire chargé de mettre au pas la population frondeuse de Santa Clara et de lui inculquer les règles de la production intensive…

Contrairement à ce qu’on pourrait croire cette fable n’est pas l’œuvre de Sepùlveda ni de Garcìa Màrquez, mais d’ un jeune auteur tunisien : Yamen Manai. Il l’a écrite avant la chute de Ben Ali et son éditeur Elyzad, tunisien lui aussi, l’a publiée au premiers jours du printemps arabe. C’est bien entendu un hommage fou à la littérature latino-américaine et, à travers la description d’une dictature imbécile -et sanguinaire-, une célébration de la tolérance, du cosmopolitisme : de l’humanisme en un mot. Tout cela tendu sur la corde de la viole d’Ibrahim Santos, qui a le don de prédire le temps au moyen de ses sérénades, puisqu’est rappelée la phrase de Nietzsche : « Sans la musique, la vie serait une erreur ».

Ce roman est d’une drôlerie continue, tant dans ses péripéties que dans l’élégance de l’écriture, et d’une intelligence subtile. Un voyage au travers de plusieurs cultures que Yamen Manai semble parfaitement posséder qui demande, pour notre plus grand plaisir, que nous l’accueillons à notre tour à bras ouverts.