de Arthur Dreyfus, aux éditions Gallimard, collection Blanche, 21€

typique et superbe, ce roman où se tressent deux histoires.
L’une se passe pendant l’occupation. De famille juive, Félix se réfugie, avec sa famille, chez son grand-père, à Montauban. Quand disparaît la zone libre, il interrompt ses études de chimie pour devenir passeur dans les Pyrénées avec son frère. Arrêté, il est déporté en Pologne où il découvre l’intimité du dénuement, la fraternité du désespoir. Et c’est par un chant somptueux que le lecteur est invité à partager à son tour l’horreur des camps.
L’autre histoire a lieu de nos jours. Elle est constituée des mails adressés depuis l’Amérique du Nord à un jeune correspondant français. Cet adolescent puis jeune adulte, c’est Ernest, le petit-fils de Félix, confronté au mal-vivre de son homosexualité. La complicité réconfortante fait peu à peu place au doute de l’imposture. Là aussi, l’intrigue est servie par une écriture dense et subtile.
Le point faible du livre est l’entrecroisement des deux récits, correspondant sans doute à une nécessité interne de l’auteur. Arthur Dreyfus a reçu en 2009 le Prix du Jeune écrivain. Tout en poursuivant ses études en Sciences Politiques, il s’est engagé dans la carrière de prestidigitateur…
Atypiques et prometteuses, les facettes de ce romancier.

Extraits :
« Même en vous tenant chaud les uns les autres, sans distinction d’odeur, de saleté, de poux ou de vermine, le froid continue de coudre. Il tisse son voile glacial autour des membres, se fige sur les peaux. Quand il lui manque une maille, il plante ses aiguilles dans la chair. » (p. 101)
« Ne jamais rien romancer, faire en sorte que le roman arrive vraiment : c’est ça le romantisme. Ne rien accepter de ce qu’on cherche à nous imposer. Ne pas signer les pactes tout au long de la vie. Ne pas rendre beau ! Vivre beau. » (p. 112)

Paru en février 2010. Roman. 14×21 Cm. Broché. 253 pages.