de Mathias Enard, aux éditions Inculte, 13.90€

Un coup de fil, la nuit, réveille Mathias. Jeanne lui apprend la mort de Volodia, leur ami commun. Mathias décide alors de parcourir 4000 km en transsibérien pour n’avoir jamais à oublier.
L’auteur du déstabilisant Zone – qui traitait aussi du voyage sous ses deux formes conjuguées, celle physique du déplacement, celle mentale du souvenir – met cette fois-ci en scène un roman autofictif qui, dans sa brièveté, en totale opposition avec l’entreprise démesurée du narrateur, donne à lire la pudeur d’une douleur trop commune : celle de l’absence.
Jonglant tour à tour avec le souvenir, concert de voix venues d’un passé où l’insouciance régnait, et le présent, solitude de Mathias dans ce train de bout du monde, le récit dépose à chaque chapitre les pièces d’un puzzle où se dessine la relation complexe et ambigüe d’amitié et d’amour liant les trois personnages principaux (Mathias, Volodia et Jeanne). L’écriture de Enard, ciselée comme à son habitude, ne mène pas le lecteur à l’émotion empathique via l’appel primaire – facile – du sentimentalisme pesant, mais celui plus osé de la confrontation intimiste. Le dialogue avec le passé, tout en retenu, nous est peint aux couleurs de la fuite dont les moyens employés – l’alcool, la drogue – ne peuvent masquer la peur du don de soi auxquels sont confrontés les acteurs du roman.
Ce don, le narrateur le fait dans le transsibérien qui le mène au village natal de Volodia, il le fait en nouant dans la nostalgie qui va l’habiter, l’infini de la mort et l’intime de la vie.
(Ludovic Deplanque)

Paru en février 2011. Récit. 17×20 Cm. 86 pages.