de Olivier Miquel, aux éditions Le cherche midi, 19.50€

Cet amant pressé c’est Napoléon, mais un Napoléon intime, raconté par un témoin qui nous révèle, au jour le jour, la vie privée de cet homme d’exception. Tout y est vrai et c’est follement romanesque. En exergue une phrase de Napoléon : La vie privée d’un homme est un réflecteur où l’on peut lire et s’instruire fructueusement. L’auteur nous entraîne à la découverte d’un Napoléon qui déploya la même énergie à séduire les femmes qu’à marquer l’Histoire.

Les femmes lui furent fatales. Elles, et le climat. Leurs caprices eurent raison d’un génie (…) Il fut le mari de deux femmes et l’amant de beaucoup ; le père de trois garçons reconnus par l’histoire. Mais sa véritable maîtresse fut la France. Voilà résumé toute la trame de ce roman passionnant qui se déguste d’un trait, cul sec. Car, de la première ligne à la dernière, on est embarqué dans une prodigieuse histoire.

Rencontrons le petit Nabulio, chétif et mal peigné, à l’école militaire de Brienne, où son accent méridional lui vaut brimades et moqueries. Travailleur acharné, dévoré d’orgueil, durant ses cinq ans de réclusion il ne reçut que deux visites, celle de sa mère puis celle de son père. Mais rentrons dans le vif du sujet et retrouvons-le un soir de novembre – il a 18 ans – sortant du théâtre et abordant l’enceinte du Palais-Royal, où un monde de débauche s’éveille à la tombée du jour. Et là, une rencontre… C’est ainsi que le jeudi 22 novembre 1787, le lieutenant Buonaparte devint un homme.

Vite il songera à s’établir, et pour ce faire, à un beau mariage. Il jeta son dévolu sur Manesca Pillet, la plus jolie héritière d’Auxonne, mais fut éconduit par son beau-père, un certain Chabert qui refusa d’accorder la main de sa fille à ce pauvre hère n’ayant pour vivre que sa solde de lieutenant en second. À la suite de quoi Buonaparte écrivit : L’amour m’ôte la raison. Je ne la retrouverai jamais ; on ne guérit pas de ce mal-là.

Je ne vais rien vous dévoiler de plus – nous n’en sommes qu’à la page 27 – et surtout pas les rencontres et les relations avec Joséphine, Marie Waleska et Marie-Louise. Attendez-vous à des surprises !

Vous l’avez compris ce livre fourmille d’anecdotes qui éclairent d’une tonalité nouvelle la personnalité de Napoléon. Au-delà de la documentation impressionnante – présente mais jamais pesante – ce qui rend ce livre remarquable c’est tout d’abord sa construction : la grande histoire est toujours présente en toile de fond, et l’interaction entre la vie privée et la vie « publique » de Napoléon est tout à fait passionnante et éclairante ; mais c’est aussi la langue, fort belle, qui est celle de l’époque, teintée d’ironie, et qui sonne juste.

Il fallait un sacré culot pour s’attaquer à un personnage tel que Napoléon !

Olivier Miquel a relevé le défi et l’a emporté haut la plume. Ce roman, car c’en est bien un, à la construction subtile et à l’écriture élégante, s’appuyant sur la vérité historique, donne un nouvel éclairage à l’un des plus fascinants et romanesques personnages de l’histoire de France.

À savourer en toutes saisons. Pourquoi pas dès cet été ?

P.S. Vous n’aimez pas les livres ayant trait à l’histoire de France ? C’est un roman ! Vous êtes passionné d’histoire de France ? C’est une biographie romancée dans laquelle tout est vrai !
Vous hésitez encore ?
N.B. Olivier Miquel a publié Le Vertige de l’ange (Le cherche midi. 290 p. 18 €) un roman ambitieux mais très abouti qui nous entraînait dans le sillage de la mystérieuse Évangelina entre Ibiza, Venise et les îles Pontines, et Henri Salvador, le rire du destin (Éditions du moment. 280 p. 19,95 €) une biographie très enlevée et passionnante de ce monument de la chanson française – enfin reconnu et célébré à 85 ans, pour ce qu’il était : un crooner – avec, en arrière plan, soixante ans de chansons françaises.

492 pages.