de Anne Lenner, aux éditions Le dilettante, 15€

L’Afrique, une réalité dans laquelle la famille de la narratrice n’est pas parvenue à s’inscrire.
Angèle a 10 ans. Elle est sensitive selon sa mère. Elle suit des cours par correspondance, observe les voisins et les étoiles au télescope, regarde pousser les plantes. Pour ses parents elle est invisible. Son père est écrivain, payé pour raconter sa vie ou l’imaginer telle qu’il l’aurait souhaitée, sa mère s’absente souvent pour aller vacciner les populations locales. Un jour les parents d’Angèle lui annonce une surprise : une sœur. Elle regarde le ventre de sa mère. Plat. D’où peut venir cette soeur alors ? C’est Gloria, elle est orpheline. À présent elle va pouvoir compter sur notre aide pour s’instruire. Mais Angèle se trouve bien trop jeune pour adopter qui que ce soit, surtout une gosse de son âge.
Arrivée de Gloria. Déclaration de guerre. Les enjeux de cette petite guerre : la cuisine pour déguster le cake à la banane de De Gaulle, le boy ; la balançoire du goyavier ; le meilleur fauteuil de la bibliothèque ; le verre avec les motifs de crocodile,…
Devant les parents on s’ignore, on fait semblant de se tolérer.
Angèle découvre le plaisir de se détester : on s’invente chaque jour une nouvelle raison d’entretenir cette haine réciproque. Par exemple en mettant de la confiture dans les chaussons de l’autre.
Angèle est obsédée par une question : pourquoi avoir transformé le trio familial en quatuor ? C’est sûr elle ne comble pas ses parents. Quant à Gloria elle pose les questions essentielles, celles qui dérangent.
Et voilà que le livre rebondit. Le père souffre d’un syndrome de désinspiration aigüe. La machine à écrire Olympia reste silencieuse. Angèle et Gloria enterrent la hache de guerre et décident d’insuffler un peu d’élan créatif dans la vie imaginative de leur père…
En exergue une citation d’Alexandre Vialatte extraite des Fruits du Congo qui commence ainsi : Où est passée notre jeunesse ?
Un attachant roman d’une remarquable justesse de ton à l’ironie douce-amère qui replonge le lecteur dans les maux/mots et charmes de l’enfance.
Par l’auteur de Cahin-caha, un premier roman très réussi sur le quotidien de jeunes handicapés, ce quotidien qui parfois dérape. Jamais larmoyant, inattendu.

160 pages.