de Claudie Gallay, aux éditions Actes Sud, 21,80€

Avignon. 2003. Le célèbre Festival est paralysé par la grève des intermittents.
Marie est une jeune fille qui a traversé toute la France pour la mémoire de son frère, pour entendre les mots de son frère. Elle rencontre Odon, directeur du Théâtre du Chien Fou, qui habite sur une péniche de l’autre côté du Rhône. Il joue des textes assez confidentiels ; cette année-là il a monté la pièce du frère de Marie. Odon a rencontré il y a cinq ans une enfant du pays, avec laquelle il a vécu une passion intense, Mathilde, qui est partie au bout d’un an, convaincue qu’il était incompatible d’exercer son métier de comédienne et d’aimer en même temps. Elle revient, elle est la Jogar, une actrice célèbre. Odon et Mathilde se retrouvent, s’effleurent. L’amour est une île, quand on part on ne revient pas. C’est du moins ce que pense Mathilde.
C’est l’arrivée de Marie, la rebelle, l’étrangère n’appartenant ni au lieu ni au milieu, qui est le point de départ du roman. Cette Marie, fragile, écorchée depuis la mort de son frère, avec des cicatrices qui n’en finissent pas de se refermer, qui tente de comprendre ce qui est arrivé au texte de son frère, pourquoi Odon auquel il l’avait envoyé ne lui a pas répondu. Ou trop tard.
Outre Marie, Odon et Mathilde, il y a de nombreux personnages secondaires, très réussis, comme Isabelle qui accueille chez elle Marie et d’autres gens de passage. Elle garde la mémoire de Jean Vilar, de Gérard Philippe, d’Anne et de tant d’autres. Sans oublier le Festival qui se déroule de façon chaotique dans cette ville close, ensoleillée, ce festival qui n’est pas une toile de fond mais un personnage essentiel qui relie tous les personnages, qui crée du lien entre eux.
Claudie Gallay pose la question de l’appartenance du texte. Appartient-il à celle ou celui qui l’a écrit, à celle ou celui qui lui donne du souffle, à ceux qui viennent l’entendre, au lecteur ? Elle ne tranche pas.
Après le succès des Déferlantes Claudie Gallay se confirme comme un écrivain qui se renouvelle à chaque livre en approfondissant des thèmes qui lui sont chers : l’amour, bien sûr, mais comme seule vérité une fois tombé le masque de l’imaginaire qui n’est souvent qu’illusion, l’altérité, la fragilité des êtres, le lien qui les unit. Elle sait faire évoluer ses personnages dans des lieux et ambiances très différents remarquablement décrits, entre autres : la montagne pour son brillant premier roman , Venise , la pointe de La Hague , Avignon.
C’est un grand plaisir de voir le talent de Claudie Gallay, que nous suivons depuis son premier roman, s’affirmer et s’épanouir de livre en livre et de constater qu’un public de plus en plus large est séduit et touché par cet écrivain qui explore, sans commenter, avec une justesse d’analyse et de ton le large éventail des sentiments.

360 pages.