de Sana Krasikov et Traduit de l’américain par Esther Ménévis, aux éditions Albin Michel, 22€

L’an prochain à Tbilissi sonne comme une promesse… ou comme une malédiction, peut-être, pour les personnages de Sana Krasikov. Comment ne pas se perdre lorsque tant de lieux, tant de personnes, tant d’événements, tant d’obligations dissemblables, souvent même contradictoires, se mêlent dans un seul esprit, un seul corps ?

Cette dame de compagnie d’une vieille femme sur le déclin, qui assiste impuissante aux passages de plus en plus fréquents des rapaces, n’est-elle pas elle-même la proie facile et privilégiée de ce fils profiteur ?
Cette jeune fille qui aspire tellement à l’indépendance et à la liberté dans ce nouveau pays, ne se laisse-t-elle pas berner, encore et toujours, par cet homme violent, parce qu’il est parfois si difficile et si effrayant d’être seule ?
Et celle-ci encore qui, aveuglée par cet étrange sentiment que l’on appelle parfois amour, se voit entraînée au cœur de dangereuses manigances, ne choisit-elle pas de fuir, sous prétexte de renouer avec un passé, des origines qu’elle ne comprend pas, des amis qu’elle ne comprend plus ?

Les nouvelles de Sana Krasikov mettent en exergue, avec une grande délicatesse, les aspirations et déconvenues de ces expatriés d’Europe de l’Est qui ne trouvent plus leur place, ni dans un pays ni dans l’autre, perdus entre deux cultures, deux identités. La puissance narrative de cette jeune auteure américaine d’origine ukrainienne éclaire les existences de ces femmes, plus ou moins tristes, plus ou moins blessées, qui se battent pour plus de libertés, pour un peu de reconnaissance et, tout simplement, pour une vie meilleure…
(Marianne Kmiecik)

Paru en octobre 2011. Nouvelles. 14×21 Cm. 273 pages.