de Marie Hélène Lafon, aux éditions Buchet Chastel, 15€

Fridières, Cantal. La nuit de Fridières ne tombait pas, elle montait à l’assaut, elle prenait les maisons les bêtes et les gens, elle suintait de partout à la fois, s’insinuait, noyait d’encre le contour des choses, des corps, avalait les arbres, les pierres, effaçait les chemins, gommait, broyait (…) Elle était grasse de présences aveugles qui se signalaient par force craquements, crissements, feulements, la nuit avait des mains et un souffle, elle faisait battre le volet disjoint et la porte mal fermée, elle avait un regard sans fond qui vous prenait dans son étau par les fenêtres, et ne vous lâchait pas, vous les humains réfugiés blottis dans les pièces éclairées des maisons dérisoires.

Les lecteurs de Marie-Hélène Lafon ne seront pas étonnés de voir que cette histoire, comme celles de la plupart de ses livres, se passe dans le monde paysan du Cantal, ce monde d’où elle vient. Un monde où l’on se tait beaucoup, longtemps, où l’on ne parle pas de soi, où les mots servent d’abord à dire des choses utiles ou à parler des autres. Un monde où l’on est à la fois très seul et englué dans une famille. Un monde où l’on a une histoire, un héritage, qui assure le gîte et le couvert mais qui vous assigne à résidence. D’où des vies comme rognées, mutilées.

L’histoire de L’annonce est simple. Dans son cadre de vie qu’il n’a pas voulu, la ferme de Fridières, Cantal, mais dont il a su s’accommoder, Paul, paysan, quarante-six ans, choisit de ne plus être seul. Une décision simple mais qui bouscule le clan composé de sa sœur Nicole et de deux oncles octogénaires. Il passe une annonce. Annette, trente-sept ans, vit dans le Nord avec son fils Éric, onze ans. Elle veut quitter un compagnon alcoolique et désastreux et s’arracher à des espérances rabotées, sauver Éric en lui donnant une chance. Tous les trois, Paul, Annette et Éric vont s’apprivoiser, s’apprendre, chacun jouant sa partition à sa place et à sa façon souvent muette puisqu’ils ne sont pas à l’aise avec les mots.

Marie-Hélène Lafon décrit cette rencontre et cette promesse de bonheur, retenu, sans effusion, ni passion, avec une économie de mots et d’effets et une remarquable justesse de ton, résultat d’un travail minutieux de façonnage, d’élagage, de rabotage de la langue. La prose de Marie-Hélène Lafon est superbe.

Ce livre a obtenu le premier prix Page des libraires. Le jury était composé de 605 libraires et bibliothécaires qui ont lu durant l’été les 9 romans sélectionnés.

Marie-Hélène Lafon est une invitée régulière de Place aux Nouvelles.
À la foire du livre de Brive – le salon du livre le plus important après celui de Paris – elle a signé près de 200 livres, certes moins que Chirac ou Mimie Mathy…
Lisez L’Annonce de Marie-Hélène Lafon, la belle surprise de cette rentrée littéraire.

196 pages.