de Michèle Lesbre, aux éditions Sabine Wespieser, 17€

Anne, la narratrice, sans nouvelles de Gyl depuis de longues semaines, décide de se rendre au bord du lac Baïkal, là où Gyl est parti, sur un coup de tête, tenter de bâtir un monde idéal. Peindre, faire du théâtre avec les habitants. Vivre différemment sans renoncer à ses utopies.
Leurs quotidiens se sont séparés depuis longtemps mais ils avaient beaucoup partagé.
Dans le train qui l’emmène tout là-bas à Irkoutz, durant cet interminable voyage durant lequel le temps s’étire, suspendu, Anne va revisiter sa propre vie. Ses souvenirs seront entrecoupés de scènes vécues dans ce Transsibérien : silhouettes de personnes rencontrées, amorces de conversations, situations cocasses témoignant de l’indéfinissable folie russe ainsi que de la déliquescence de la société.
Elle est accompagnée dans son voyage par le souvenir de Clémence, une vieille dame, ancienne modiste, qui vit dans son immeuble, à laquelle elle fait la lecture et raconte la vie de femmes exemplaires. Comme Olympe de Gouges, chère aux Montalbanais, Milena Jesenska l’inspiratrice des Lettres à Milena de Kakfka, ou encore Marion du Faouët, véritable Robin des bois bretonne qui vécut au 18e siècle. Clémence, assise dans son canapé rouge, raffole de ces histoires. Elle qui n’a connu qu’un unique amour, tué par les allemands, déborde de vitalité et d’énergie. Sa devise : vivre et désirer. Un lien fort se tisse entre Anna et Clémence fait d’amitié et de leur goût passé pour l’engagement.
Anna retrouvera-t-elle Gyl ? Qu’importe. Si elle a pris ce train c’est pour tenter de retrouver l’ardeur et le feu de sa vie passée, incarnés par Gyl. Elle s’apercevra que le temps de la jeunesse, de l’engagement amoureux, politique, est révolu et qu’elle bascule dans un autre temps où il lui faudra affronter le vieillissement. La joie de vivre contagieuse de Clémence l’apaisera et lui permettra d’aborder avec sérénité le temps à venir.
Un livre rayonnant, fort bien écrit, avec des scènes splendides, telle celle inoubliable où Clémence offre à Anna un des chapeaux qu’elle a confectionnés lorsqu’elle était modiste.

Roman. 150 pages.