de Catherine Mavrikakis, aux éditions Sabine Wespieser, 21€

Un roman intimiste, construit autour d’un terrible secret.

Bay City est une petite ville du Michigan à la couleur mauve saumâtre. À l’époque, dans les années soixante, les cheminées d’usines automobiles crachaient une fumée bise, un peu écœurante, qui donnait au ciel du Michigan cette couleur mauve, les soirs d’été et les après-midi d’hiver. Amy Duchesnay, la narratrice, née en 1961, aurait dû connaître la vie sans histoires d’une jeune Américaine dans une ville désespérante d’ennui. Mais le passé de sa famille hante ses nuits : une sœur, Angie, morte à la naissance, dont sa mère est encore obsédée, et les camps où auraient péri ses grands-parents.

Dès le début du livre Amy nous apprend que dans la nuit du 4 au 5 juillet 1979, alors qu’elle venait juste de fêter ses dix-huit ans, elle a mis le feu à sa maison ; toute sa famille a disparu en fumée dans le ciel mauve et matinal de Bay City. Mais elle nous dit aussi qu’elle a voulu être jugée, déclarée coupable, qu’elle a tout avoué mais que personne n’a voulu la croire. Dans le monde des hommes, dans l’espace des vivants je suis innocente. D’où le doute qui s’insinue chez le lecteur, ne va plus le quitter et donner à ce roman un attrait supplémentaire.

Des années plus tard Amy, installée au Nouveau Mexique, devenue pilote de ligne pour échapper enfin à la cendre et à la poussière, et être proche du ciel dans lequel nous avons la folie et risible prétention de ne pas croire, reste hantée par son passé. Je suis hantée par une histoire que je n’ai pas tout à fait vécue (…) C’est bien là mon terrible fardeau que d’être née de ceux qui ne sont plus et de ne rien pouvoir faire pour eux. Sauf accepter de les entendre se plaindre et hurler. Quand cela finira-t-il ?

Amy se souviendra et racontera les quatre journées de juillet 1979 qui ont précédé le drame.

Un grand roman américain, d’une force peu commune, écrit en français.

n.b. Catherine Mavrikakis est née à Chicago en 1961 d’un père grec et d’une mère française. Elle enseigne la littérature à l’université de Montréal. Ses livres précédents ont été publiés au Québec.

294 pages.