de Jean-Yves LACROIX, aux éditions Allia, 6.10€

Quelle trame plus accueillante pour un écrivain que le destin d’Omar Khayyam, dont le nom résonne depuis la Perse médiévale et dont la vie est si mangée d’ombre ? On sait qu’il fut un mathématicien précurseur, un astronome exceptionnel (le calendrier qu’il a calculé est plus juste que le nôtre). Il fut un poète dont les Rubaïyat (Quatrains) célèbrent le vin, l’amour et la pensée libre. Quoi, il fut tout cela et il ne fut que cela ? Dans les interstices de sa légende Jean-Yves Lacroix glisse ses coins et pousse les expériences de Khayyam aux paroxysmes : l’amour sera un feu d’artifice de jouissance et de communion, l’ivresse atteindra le ciel par le bas et toute la science n’expliquera pas la mort.
Il fallait une écriture à la hauteur de cette histoire : il faut inventer pour Lacroix, à l’opposé du style télégraphique, le style calligraphique. La phrase conjugue l’ellipse et la volute pour des arabesques parfois précieuses, parfois –lorsque l’ivresse métaphysique balaye tout- joyeusement canaille. On est emporté par son flot pour une brève traversée (à peine 90 pages) qui laisse essoré et ravi. Vive l’Orient et ses épices !

Paru en août 2008. Roman. 10×17 Cm. Broché. 92 pages.