de Alex Barbier, aux éditions Frémok, 22€

Comme un écho aux hantises qui se déroulent sous nos yeux à mesure que l’on feuillette l’ouvrage, nous vient à la pensée l’incendie qui ravagea l’atelier d’Alex Barbier, détruisant toutes les planches originales du Dieu du 12, ou peu s’en faut. Grâce au travail acharné de Fremok à partir de l’édition de 1982 («désastreuse», au dire de l’auteur lui-même) et des fragments récupérés après la catastrophe, ce livre, pierre angulaire d’une œuvre qui a ébloui toute une génération de bédéphiles, revient enfin vers nous.
Dans un monde envahi par de repoussants extraterrestres, la ville de Perpignan subsiste en tant que zone libre sous la protection du protagoniste de ce récit, lequel n’est autre qu’une divinité, mais une divinité cocue qui picole sec, erre dans des banlieues de fin du monde au volant d’une voiture dont la boîte à gants est devenue cannibale, une divinité enfin qui voit son propre esprit lui échapper à mesure que se concrétisent autour d’elle visions d’horreur et scènes fantasmatiques.
Burroughs n’est pas loin, on l’aperçoit même au détour d’une planche, mais il bataille ici avec les spectres acryliques d’un Bacon : sous le pinceau de Barbier, esprit et matière ne se comprennent plus comme les deux attributs nécessaires à la création, mais comme les restes fumants d’une catégorisation de l’être que l’on serait bien inspiré de laisser aux vautours et aux théologiens .

(Aurélien Vinès)

Paru en mai 2011. Bd. 21×27 Cm. Cartonnée. 88 pages.