de Jean-Claude Lalumière, aux éditions Le dilettante, 17€

Le narrateur pensait avoir trouvé un emploi qui allait lui permettre de réaliser son rêve de jeunesse : parcourir le monde. Ce goût du voyage lui était venu en dévorant les quelques exemplaires du magazine Géo que lui avait offert son oncle Bertrand.
Hélas, adulte, il passe le plus clair – ou plutôt le plus sombre – de son temps dans un bureau aux murs blancs. Depuis cinq ans au ministère des Affaires étrangères, ses rêves de voyages vont se dégonfler comme les coussins d’air d’un naviplane resté à quai. Il a été affecté à l’administration centrale et plus précisément au Bureau des pays en voie de création/section Europe de l’Est et Sibérie, section qu’entre eux les fonctionnaires des Affaires étrangères appellent Le front russe. Il s’agit, lui dira Boutinot, son chef de section qui dirige ses hommes comme des militaires, de prendre la suite des services secrets et de préparer, une fois que les pays en cause seront stabilisés, l’arrivée de missions diplomatiques officielles.
Pas très excitant. Mais notre narrateur, qui veut bien faire alors que ce bureau roupille gentiment, s’active en vue de se faire remarquer et de faire carrière. De fait c’est un gaffeur patenté, champion hors catégorie de la bévue, instigateur involontaire de situations cocasses. Entre autres, dans le cadre d’une grande opération de communication visant à redorer le blason du pouvoir exécutif, il va proposer une « pride diplomatique » : la marche des fiertés diplomatiques Imaginez chaque représentation défilant aux couleurs de son pays sur un char décoré et en musique ! L’idée est retenue, le ministre est enthousiaste, la diplomatie va, enfin, sortir de l’ombre. Au départ hésitants, vingt-trois pays confirment leur présence à cette marche. Le grand jour arrive. Mais surgit une torpille dans ce dispositif sans faille
Quant à ses collègues : Alice éphémère maîtresse ; Arlette l’air blafard qui se vante de travailler à l’instinct ; Philippe, qui a une idée très personnelle du classement ; Marc qui arbore des T-shirts venants de destinations exotiques, ils contribuent à l’ambiance courtelinesque du bureau.
Le narrateur frustré dans son désir d’ailleurs – Je vis et il ne se passe rien – aura le mot de la fin : L’histoire d’une vie c’est toujours l’histoire d’un échec.
Belle réussite que ce premier roman caustique, savoureux, très drôle. On rit de bon coeur et souvent.

Aux editions Le dilettante, 17 €

Roman. 256 pages.