grangJosephde Kochka, aux éditions Thierry Magnier, 8.50€

Le grand Joseph, c’est le grand-père de Kochka. Grand par la taille bien sûr, mais aussi par l’amour qu’il porte à sa petite fille.

L’enfant de dix ans qu’elle était alors, d’une double culture française et libanaise, évoque sa révolte sourde pour sa condition et son statut de fille, dans un pays où les femmes n’ont pas les mêmes droits que les hommes.

Elle grandit au fil des pages entre une grand-mère « Téta souris » au caractère autoritaire bien trempé qui se fait un devoir de lui transmettre ses talents culinaires et un grand-père doux qui égrène les perles d’un chapelet en récitant des poèmes… « parce que les choses s’apaisent au son de la poésie – dit-il. »

Le récit est émaillé de la douceur de cette enfance perdue, que la guerre du Liban viendra brutalement anéantir. Elle ravive le souvenir d’une complicité, où la tendresse transpire, avec son grand Geddo Joseph, qui lui donnera le moyen, loin de lui, de grandir avec ses racines libanaises.

Elle rejoindra la France et Paris avec ses parents, et n’aura alors que le désir de s’intégrer, de se fondre et de se perdre en reniant cette part d’Orient qu’elle cherchera à dissimuler. Un évènement douloureux va lui permettre de la réveiller et enfin assumer cette identité refoulée, dont elle avait cru devoir se dépouiller.

Le livre se termine par un magnifique texte du poète Khalil Gibran.

Dans une écriture subtile, empreinte de pudeur, Kochka nous parle de son enfance avec une fraîcheur tendre et poétique.

Lorsqu’on referme le livre, il flotte encore un moment, un parfum de cumin en suspension dans l’air…