de Jean-Noël Blanc, aux éditions Joëlle Losfeld, 19€

Mettre le nez à la fenêtre, en termes de vélo, c’est se porter en tête du peloton en vue de s’échapper. C’est ce que fait Maurice, dit Momo, dans une grande étape de montagne du Tour de France. Son métier c’est de faire le métier, comme on dit dans le vélo : pas de gagner, mais d’aider son équipe à contrôler la course, et son chef de file à remporter des victoires. Momo est un consciencieux qui prend son boulot au sérieux. C’est pour cette raison que, malgré ses 36 ans, il a, cette année encore, été engagé dans le Tour de France. On le paie pour accompagner Romain Le Garric dans les étapes de montagne, assurer le train devant lui, prendre le vent à sa place, le protéger contre les attaques, faire le ménage autour de lui pour qu’il puisse se consacrer aux choses sérieuses.

Draguignan-Briançon – 250 km, avec deux terribles cols – cette grande étape des Alpes, cette interminable tirée, nous allons la passer aux cotés de Momo. Momo qui sue, souffre, vibre, exulte, Momo qui espère, Momo qui s’interroge, Momo qui flanche, qui se ressaisit. Et Momo qui revient sur sa vie, sur son enfance âpre et solitaire.

Le roman est construit en séquences brèves où le présent de la course, au rythme vif et haché, alterne avec le passé, à la cadence plus lente, empli de doutes et de solitude.

Voilà le grand roman attendu sur le Tour de France, qui a inspiré de nombreux essais et chroniques – dont Tour de France, tour de souffrance,d’Albert Londres – mais peu d’œuvres de fiction. On vit à coté de Momo, on grimace, on peine, on souffre, on se réjouit avec lui. On découvre les secrets de la course cycliste, tout comme les stratégies et les tactiques mises en place au sein des équipes. Jean-Noël Blanc, qui écrit admirablement sur le vélo et la course, nous tient hors d’haleine pendant 250 km.

Et, en plus, on se sent mieux armé pour comprendre et apprécier ce qui se trame et se joue lors des étapes de la Grande Boucle.

180 pages.