SeigneurPorcheriesde Tristan Egolf (Traduit de l’américain par Remy Lambrechts), aux éditions Gallimard (Folio), 8,60€

Quel bouquin ! Nous sommes à Baker, une petite ville perdue de la corn belt  américaine. Sinistre. On y tue son ennui dans l’alcool, la bagarre, la bigoterie, le racisme. John Kaltenbrunner viendra au monde trois mois après le décès de son père. Frêle et bizarrement bâti John est un enfant souffreteux. S’il n’a aucun intérêt pour l’école, par contre il va, à mains nues, reconstruire la ferme où il vit seul avec sa mère, et y lancer avec succès un poulailler puis un élevage de moutons. Il a alors…8 ans ! Tout cela avant d’aller en classe où il arrive crotté, puant le fumier, ce qui lui vaut les pires vexations, les plus infâmes brimades.
Je vous laisse découvrir la vengeance de cet insoumis, de ce Rebel with a cause, pour une vie entière d’outrages, d’affronts, d’offenses, d’injures. Elle est extraordinaire et plongera par k.o. la ville de Baker dans le plus profond chaos…
Et cela donne un roman flamboyant, foisonnant, rageur, qui fait par moments penser à La Conjuration des imbéciles (10/18) ce formidable bouquin de John Kennedy Toole, cet écrivain qui se croyant raté, se suicida à l’âge de 32 ans en 1969 et obtiendra le Pulitzer, à titre posthume en 1981.
Refusé par de nombreux éditeurs américains Le seigneur des porcheries sera publié en France, en 1998, par Gallimard qui, suite au succès du livre, en vendra les droits aux Américains. Tristan Eglof publiera un deuxième Jupons et violons. Le troisième, posthume, Kornwolf, paraîtra en 2006. Tristan Egolf s’est suicidé en 2005 à l’âge de 33 ans.
Epoustouflant et magistral premier roman plein de bruit et de fureur.
Prix des Amis du Scribe 1999.
P.S. Ne lisez les premières pages déconcertantes qu’une fois le livre terminé ; elles prendront alors tout leur sens.