de R. J. Ellory, traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau, aux éditions Sonatine, 22,30€

Frank Parrish est inspecteur au NYPD (New York Police Department). La quarantaine, il a deux enfants, Robert, 22 ans et Caitlin, 20 ans, qui tous deux vont à l’université et s’en sortent bien. Il est séparé de sa femme Clare, une bimbo en talents hauts, qui a obtenu la garde des enfants. Il fréquente Eve Challoner, une prostituée. Il s’est arrangé pour égarer la paperasse lorsqu’elle avait été, trois ans auparavant, interpellée pour racolage. Pas pour la baiser gratis, mais par empathie. Il a des difficultés relationnelles non seulement avec ses enfants et son ex-femme mais aussi avec sa hiérarchie. Il vient de perdre son coéquipier dans des circonstances troubles. Il fait l’objet d’une enquête des services internes. Il est contraint de consulter régulièrement une psychothérapeute sous peine de mise à pied immédiate. J’oubliais : il boit !
Vous allez me dire que ça sent bougrement le cliché ! Eh bien non car vite l’auteur, le talentueux R. J. Ellory, auteur de trois superbes romans noirs parus chez la toute jeune – 5 ans – mais excellente maison d’édition Sonatine, nous entraîne dans un suspens permanent et nous offre le portrait déchirant d’un homme en quête de rédemption.
Le livre s’ouvre sur une scène intense. Ce jour-là, le 1er septembre 2008, Frank Parrish, sans flingue, sans oreillette, la chemise déboutonnée jusqu’à la taille, sans veste, des traces de dégueulis sur son pantalon, se retrouve devant une baignoire pleine de sang dans laquelle pataugent deux personnes. Thomas F. Scott complétement défoncé et sa petite amie Heather qui a une large entaille à la cuisse faite avec le rasoir de barbier que Thomas tient à la main. Frank, qui ce matin-là se traînait assez lamentablement après une nuit passée à picoler, a été appelé d’urgence : comme il a déjà arrêté une demi-douzaine de fois Tommy Scott c’est avec lui, et lui seul, que Tommy veut parler, menaçant de trancher la gorge d’Heather s’il ne venait pas. « Rien à foutre, Frank », c’est la dernière phrase que prononcera Tommy avant de tuer Heather et de se trancher la gorge, sous les yeux de Frank impuissant. Le négociateur entre dans la salle de bains et lui dit qu’il a merdé, qu’il aurait pu leur sauver la vie…
Frank se décrit devant sa psychiatre comme un loser agressif, déglingué, alcoolique, avec une vingtaine d’années de carrière au compteur… et vous pouvez ajouter à ce mélange explosif mon dangereux manque d’estime de soi et mon goût pour les femmes faciles et le whiskey hors de prix… Très vite c’est de son père qu’il va parler, John Parrish, l’un des officiers les plus décorés que ce commissariat ait jamais connu, qui faisait partie des Anges de New York, des nouveaux incorruptibles, des flics d’élite, qui vont briser, dans les années 80, la Mafia à New York. Selon Frank son père, mort il y a seize ans, n’est pas le héros légendaire que tout le monde admire mais un flic corrompu et peut-être le pire de tous.
Frank est embarqué sur une autre enquête. Danny Lange, 25 ans, trafiquant de deuxième ordre, mort d’une balle de 22 dans la tête dans une allée déserte. Allongée sur le lit de Danny, au 9ème étage d’un immeuble pourri, il trouve une adolescente étranglée d’une beauté presque en tout point parfaite, si l’on exceptait la contusion livide à la base de sa gorge.  C’est la petite sœur de Danny. Il va se passionner pour cette affaire qu’il ne laissera pas tomber, persuadé qu’il s’agit d’un crime commis par un tueur en série ce dont sa hiérarchie doute fortement.

Magnifique roman noir, sans esbroufes, empli d’une grande empathie, non larmoyante, pour les fracassés de la vie, centré sur le personnage  d’un flic cabossé, sans illusions, en proie au doute, hanté par les méfaits supposés de son père, en quête de vérité envers et contre tout et tous.

Extraits :

Un jour – il ne sait même plus quand -, quelqu’un a demandé à Frank Parrish pourquoi il avait choisi ce boulot. Frank se rappelle avoir souri. Et répondu : Vous est-il jamais venu à l’esprit que c’était peut-être le boulot qui m’avait choisi ?

C’était triste quand un homme perdait la raison, plus triste encore quand il perdait le respect de soi. Danny Lange avait depuis longtemps perdu l’un comme l’autre.

Comment en étaient-ils arrivés à un tel déluge d’accusations haineuses – sans fondement pour la plupart-, il ne le saurait jamais. Des rancœurs silencieuses qui s’accumulaient à n’en plus finir. Il était agressif, obstiné, ignorant, négligent. Elle était superficielle, cynique, méfiante, méprisait les amis de Frank. Ses amis… Quels amis ?

Elle était trop jeune pour que la lassitude se lise sur son visage, ou même dans ses yeux – des yeux qui lui retournèrent son regard avec le calme et l’étonnement incrédule si manifestes chaque fois que la mort survenait par surprise.

Il m’aimait comme tous les pères d’origine irlandaise aiment leurs gamins. Quand je faisais quelque chose de bien, il ne bronchait pas ; quand je faisais le con, il m’en collait une bonne.

Parrish n’était ni pessimiste ni cynique. Il était pragmatique, méthodique, réaliste. Il n’était pas désabusé, il était fataliste et résigné.

On ne peut pas faire tomber la police.(…) il est fort improbable qu’un membre du Congrès ou un sénateur approuvent la mise en examen de quiconque au-dessus du grade de sergent. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut surtout pas que le peuple perde sa confiance dans la police. Vous comprenez ça, n’est-ce pas ?