bravesGensde Flannery O’Connor, aux éditions Folio (poche), 5,95€

On m’avait parlé plusieurs fois de ce recueil de nouvelles et de son auteur que je ne connaissais pas. A l’occasion d’une bibliographie, ce livre est revenu auréolé de vives recommandations. Il était plus que temps de déplorer mon ignorance crasse sur cette auteure et de me précipiter chez mon libraire pour commander ce livre.

Flannery O’Connor nous plonge dans le Sud des Etats-Unis qu’elle dissèque avec talent pour témoigner de toutes les mesquineries et de la part sombre de l’humanité. D’une écriture limpide, elle dresse des portraits édifiant d’hommes et de femmes ordinaires pétris de vies misérables que la méchanceté crasse et les haines mesquines embrument. Elle campe des décors mi-bucoliques, mi-sordides avec une efficacité qui fait ressentir le vide et la solitude. L’univers tragique empreint d’horreur que Flannery O’Connor dépeint, devient néanmoins sublime sous une plume d’un humour implacable et d’une fantaisie permanente. Réjouissant.

Les Braves Gens ne courent pas les rues, nouvelle qui donne son nom à l’ouvrage, raconte le voyage d’une famille de fermier qui part en vacances avec la grand-mère bigote et les insupportables gamins, avant que la voiture ne fasse des tonneaux dans un fossé et la rencontre d’un tueur en fuite dit le Désaxé.

Dans Le Fleuve, Bevel, un jeune garçon impressionné par l’un de ces baptêmes en plein air qu’affectionnent certains prédicateurs, va se faire baptiser et, sans même en avoir conscience, courir droit à la catastrophe

C’est peut-être votre vie que vous sauvez raconte les tribulations opportunistes de Mr Shiftlet, mi-ouvrier agricole, mi-vagabond, qui accepte d’épouser la fille attardée d’une vieille fermière avant d’abandonner la malheureuse à l’une des étapes de leur voyage de noces.

Un heureux événement décrit de façon très noire les angoisses d’une femme enceinte qui éprouve de grandes difficultés à monter l’escalier.

Les Temples du Saint-Esprit revient sur ce mélange de spectacle de foire et de religiosité hystérique que sont les prêches américains.

Le Nègre factice s’attache au périlleux voyage de deux ruraux, le grand-père et son insolent petit-fils, perdus dans les méandres de la ville.

Suit Un cercle dans le feu, où de petits voyous vont tenter de mettre le feu à une ferme sudiste.

Tardive rencontre avec l’ennemi nous fait assister aux derniers instants d’un centenaire qui a connu l’armée confédérée et fait de la figuration sur le tournage d’Autant en emporte le vent.

Braves Gens de la campagne voit un curieux VRP tenter de séduire une jeune femme amputée d’une jambe.

La Personne Déplacée, raconte une famille d’immigrés polonais qui arrive dans une ferme et suscite l’hostilité des autres employés.

Ce défilé d’antihéros et le ton de Flannery O’Connor m’ont enthousiasmé au point d’acquérir ses œuvres complètes que je présenterai prochainement.

« Nous sommes tous damnés, mais quelques-uns d’entre nous ont arraché leurs œillères et voient qu’il n’y a rien à voir. C’est une espèce de salut. »

Nonoko