cypresPatmosde Antoine Silber, aux éditions Arléa, 17€

Patmos est la plus petite des îles du Dodécanèse.

Certains y vont, ne font que passer. D’autres y restent, pris par son charme envoûtant, auquel ils s’abandonnent, consentants. Antoine Silber est l’un d’eux.Il découvre l’île au début des années 1980 et y retourne sans cesse, avec ses enfants d’abord, en père divorcé, puis avec Laurence, la femme qu’il aime. Leur histoire d’amour s’ancre dans ces paysages à couper le souffle, dans cette lumière si particulière, changeante, pure et tranchante parfois, dans cette terre où tout parle de spiritualité. Patmos n’est-elle pas l’île où saint Jean serait tombé en extase dans une grotte, devant une apparition annonciatrice de l’Apocalypse.

Alors, lorsqu’ils découvrent ce rêve de petite maison blanche si proche du lieu saint, ils y voient comme une évidence. Cette maison est pour eux, ils l’achèteront.

Commence alors une longue histoire, faite d’actes notariés, de ciment, de chaux vive et de bleu éclatant, de plans faits et refaits, de murs, de terrasses, de retard, de plantations, de cyprès, d’oliviers, bref, de tout ce qui participe à la lente résurrection d’une maison, mais aussi d’un lieu. La proximité troublante de la grotte permet toutes les hypothèses : Et si, par une imprécision entretenue par les textes sacrés, l’apôtre avait séjourné chez lui. Antoine Silber veut le croire et de lectures en déductions sur le terrain, il a la conviction que saint Jean a posé les yeux sur tout ce qui l’entoure.

Antoine Silber, avec infiniment de justesse et de délicatesse raconte l’histoire d’une maison qui, peu à peu nous révèle aussi et surtout l’histoire d’un amour qui aurait trouvé son écrin. Mais c’est aussi Patmos, île si particulière que l’on découvre, dans la scansion du temps qui passe, luxuriance des étés grecs, air de vacances, puis solitude plus austère de l’hiver, lorsque la pluie et le vent prennent possession de l’île. Et même si Patmos est un lieu à part, comment ne pas sentir la menace plus ou moins amortie de la crise qui frappe la Grèce tout entière, rendant encore plus forte l’intransigeance de sa beauté.