cheminDame2de Maryline Martin, aux éditions Glyphe, 12€

Douze nouvelles. Leur fil rouge : la guerre de 14/18.

Des recherches sur son grand-oncle tué au Chemin des Dames ont amené Maryline Martin à écrire ce recueil de nouvelles sur la Grande Guerre.
Dans sa préface, Jean-Pierre Verney, grand spécialiste de la Grande Guerre, conseiller au musée de la Grande Guerre  du Pays de Meaux écrit : Et pourtant, depuis cinquante ans, j’en ai dévoré des romans, parcouru des témoignages, feuilleté des nouvelles, épluché des correspondances. Mais dès les premières pages j’ai compris que ce que je découvrais n’était ni banal, ni rebattu, et qu’au-delà des personnages embarqués dans le tumulte et les violences de cette Grande, mais épouvantable Guerre, il y avait autre chose.
Totalement rassuré par la caution de ce grand spécialiste on s’engage dans la lecture de ces nouvelles sorties de l’imagination de l’auteur mais dans lesquelles la toile de fond est historiquement juste.
Maryline Martin raconte la vie pendant la guerre, les femmes qui travaillent, les retours en permission, les lettres échangées, les grossesses non désirées, les “enfants de personne”… toute cette vie qui pulsait, cette survie qui s’organisait, malgré tout.
Elle décrit parfaitement l’horreur des champs de bataille, le sale des tranchées, la solitude face à la peur, à la blessure fatale, le courage qui manque mais qu’il faut trouver, les traumatismes… et la Libération.
Elles s’appellent Marie, Hortense, Marguerite, Noémie, Victorine, elles sont fiancées, infirmières, épouses, mères, filles, institutrices, elles sont les Dames du Chemin. Le chemin de la vie mais aussi le chemin qui mène au front pour des milliers de soldats, le Chemin des Dames. C’est à travers un recueil de nouvelles, parfois à l’écriture poétique – Les coups de canon ont crevé les nuages et tué les anges. Dieu, le rouge au front, s’est enfui. Non pas qu’il soit lâche, il a décidé de ne pas se mêler de la folie des hommes. – que Maryline Martin nous donne un regard différent sur la Grande Guerre, le rôle et l’importance de la femme pour tous ces Poilus.

Des petits récits cinglants. Très différents. Quelques exemples :

Sacrifié. Il est en prison. Il écrit à sa famille pour leur expliquer pourquoi il va mourir sans regret. Usé de fatigue, crevant de faim et de soif, la peau rongée par les poux et la vermine, il s’est révolté. Par désespoir. Pour l’exemple il a été mis au cachot et est passé devant le conseil de guerre. Il n’a même pas fait jouer les relations de sa famille. Il était fatigué et a baissé les armes. A quoi bon se défendre.

La fleur au fusil. La gare du Nord qui déverse sur les trottoirs parisiens les mobilisés de province. Dans le lit à barreaux d’une chambre proche deux corps s’épousent pour la première fois. Lui, pacifiste convaincu, soldat d’un régiment d’infanterie arrivé la veille dans ce modeste hôtel. Dans son village on parlait d’une guerre courte et d’un retour probable pour Noël. Elle, une femme mûre qui s’est laissé facilement accoster. En 1912 il avait entendu Jaurès déclarer qu’il fallait faire la guerre à la guerre. Péguy, vite rejoint par Léon Daudet, voulait fusiller ce traître. Ce qu’avait fait un dénommé Villain. Dans la chambre au décor impersonnel le temps s’est arrêté. La femme retrouve des gestes oubliés depuis des années. Avec douceur, cette amante lui offre le meilleur d’elle-même, des souvenirs à engranger pour les longues nuits d’hiver dans l’humidité d’une tranchée fangeuse.

Enfant de personne. L’ennemi avait pris soin de marquer son territoire : maisons pillées, champs brûlés, vieillards exécutés, femmes violentées. Noémie, assise sur le devant de la maison familiale, a le cœur serré car elle sait que plus rien ne sera comme avant. Pendant combien de temps pourra-t-elle cacher l’innommable ? Elle était domestique chez une comtesse dont le château avait été réquisitionné. Un jour trois officiers soudards s’étaient rués sur elle. Des injures circulent : « La guerre a transformé nos filles en catin, des femmes à Boche ». Elle trouve ces mots tellement injustes. De victime elle est devenue coupable.

L’alouette. Le sommier du lit gémit sous le poids de ses occupants. La femme compte les fissures du plafond. Son amant est nu comme un ver. Il l’a troussée comme une fille de ferme. Le torse de l’officier allemand s’écrase sur sa poitrine. Il est fou amoureux d’elle et ne s’en cache pas. Elle est française, veuve – son mari a été tué en 1916. Son désir de vengeance avait balayé toutes ses réticences à devenir agent double. De l’autre côté de la frontière elle se fait appeler L’Alouette.

Ce recueil a obtenu le prix Place aux Nouvelles – Lauzerte 2014.