de Claudie Gallay, aux éditions Rouergue, collection La Brune, 21.50€

La Hague, en pointe du Cotentin. Une terre de légendes, un lieu de croyance. Une terre pas comme les autres. Peu habitée, hostile aux hommes. Un pays où les vieux et les arbres se ressemblent, pareillement torturés et silencieux. Façonnés par le vent. Où les désirs sont mis à vif par le vent.
C’est là que la narratrice est arrivée à l’automne, avec les oies sauvages. Elle a connu un grand amour, total, dévastateur, extrême. Il est mort. Elle ne peut s’en remettre. Elle a quitté Avignon où elle enseignait pour ce coin perdu où elle compte les oiseaux et étudie leurs comportements pour le Centre ornithologique de Caen. Les falaises sont ses chemins de solitude, elle ne sait plus marcher à deux. Mal payée, mais logée à la Griffue, une maison bâtie en bout de route, presque dans la mer, où vivent Raphaël, peintre, sculpteur et Morgane, frère et sœur qui se regardent comme des amants avec, entre eux des gestes qu’ils poussent au bout de la tendresse.
Au café il y a Lili, la serveuse, la Mère assise dans son fauteuil, son sac sur le ventre, avec son amour de vieille qui lui suinte encore des yeux pour Théo, le père, ancien gardien du phare, qui se consume pour la vieille Nan que l’on dit à moitié folle. Et puis Max qui n’en finit pas de retaper son bateau et qui rêve du grand éblouissement de la mer et du requin-taupe qu’il rapportera, espérant ainsi enfin séduire Morgane.
C’est un jour de grande tempête que la narratrice voit Lambert pour la première fois. Lambert qui revient là où quarante années auparavant le voilier de ses parents a fait naufrage ; ses parents se sont noyés, le corps de son petit frère n’a jamais été retrouvé. Il est persuadé que Théo a éteint le phare ce soir-là. L’arrivée de Lambert va perturber la vie des habitants et déclencher des faits en apparence anodins : la disparition d’une vieille photo, la réapparition de vieux jouets d’enfant.
La narratrice, peut-être parce qu’elle n’est pas du village, peut entrer chez les uns et les autres et tenter de tirer les fils lui permettant de tisser la toile de l’histoire passée. Lambert l’intrigue et l’attire. Cette quête du passé local elle l’entreprend aussi pour tenter de lutter contre l’ennui, ou plutôt contre le manque. Le vide. Il faut que le chagrin s’éloigne. Elle a voulu ça, la Hague, pour se détacher de Lui. Elle a peur de ce qu’elle est en train de devenir : une femme sans amour.
Comme dans ses précédents romans (L’Office des vivants ; Seule Venise ; Dans l’or du temps) Claudie Gallay excelle à créer des atmosphères denses et singulières, des personnages à vif, des histoires prenantes que l’on garde longtemps en soi.
Les déferlantes est encore une très belle réussite de Claudie Gallay, un auteur que je suis et vous recommande depuis le choc que m’a procuré son premier roman (L’Office des vivants en 2000).
n.b. Que le nombre de pages (528) ne vous rebute pas. Le livre est très aéré – les scènes sont brèves (quelques pages), les phrases courtes, le style limpide, l’écriture fort belle – et le plaisir de lecture permanent et vif. Mais ne le dévorez pas gloutonnement. Lisez-le lentement, il le mérite.

Roman. 528 pages.