de Claude Pujade-Renaud, aux éditions Actes Sud, 21€

Les poètes anglais sont en vogue. Dans l’éblouissant Bright Star, film de Jane Campion, c’est John Keats (1795-1821) qui est en scène : son amour platonique avec sa voisine Fanny Brawne, leur séparation lorsqu’il va tenter de soigner sa tuberculose à Rome, sa mort dans la ville éternelle à 25 ans.
Un siècle et demi plus tard, toujours en Angleterre, c’est la rencontre, la passion et le destin tragique de poètes anglais que Claude Pujade-Renaud raconte brillamment, en profondeur.
Cambridge, 1956. Sylvia Plath, jeune poétesse américaine rencontre Ted Hughes, poète prometteur. Ils sont beaux, jeunes, plein d’énergie. Vite ils vivent une passion érotique et créatrice qui les emporte. Mariage, naissances, installation à la campagne. Sylvia célèbre l’équilibre enfin atteint dans le tissage de la création et de la vie familiale. Tout semble leur réussir. Mais l’écriture ne guérit pas Sylvia de ses maux profonds et Ted n’est pas assez solide pour faire face aux angoisses de Sylvia, l’aider à les métamorphoser par la création. Par ailleurs, Ted, séducteur convoité, ne résiste pas à aller braconner sur les terres des autres. Leur rencontre avec un autre couple de poètes, Assia et David Wevill, entraînera le lent mais irrésistible délitement d’un des couples les plus séduisants de la littérature. Cette même Assia qui avait murmuré à David : « J’aime tes poèmes. Et je t’aime »…
Sur cette trame historique, Claude Pujade-Renaud construit son roman en donnant la parole aux principaux protagonistes, à part Ted Hughes, mais aussi aux membres de leur famille, à leurs voisins, à leurs médecins,… Chaque intervenant donne sa propre version du récit, le colore. Le roman est ainsi composé de chapitres courts – de 1 à 6 pages au plus – qui forment une mosaïque rythmée à partir de laquelle le lecteur peut aussi interpréter.
Le premier et le dernier mot du roman est « zoo ». À Londres les deux couples de poètes habitent non loin du zoo. Dans les poèmes de Ted et de Sylvia, les désirs, pulsions et fantasmes sont souvent incarnés par des animaux. Le croisement entre l’animalité et la maîtrise du langage, entre mots et animaux, a été – a reconnu l’auteur – essentiel lors de la construction de son roman.
C’est un formidable roman, remarquablement bien écrit et construit, qui emporte le lecteur : comment ne pas être fasciné par la passion violente qui transporte Sylvia et Ted, leur désir ardent de réussir leur vie de couple et leur vie de poètes, leur échec, la mort tragique de plusieurs des protagonistes ?
Il y a là une matière follement romanesque que Claude Pujade-Renaud a pétri avec bonheur et talent.