de Paul Harding et Traduit de l’américain par Pierre Demarty, aux éditions Cherche Midi, collection Lot, 49, 15€

Sur un lit, au cœur de la maison familiale, George Crosby, horloger de métier, vit ses dernières heures entouré de ses proches. Son agonie appelle le souvenir, et le souvenir, la vie.
Avant toute chose il convient de dire que, bien qu’ayant pour toile de fond la mort d’un homme, Les foudroyés est un récit gorgé de vie, portant au fil des pages le souffle sec, fort, lumineux du vivant.

La surprise qui attend le lecteur est d’abord celle de la structure, le roman étant construit à partir des souvenirs de George, c’est à dire sous la forme d’un kaléidoscope qui aurait capturé les moments forts de la vie du narrateur. Le jeu de miroir entre le souvenir et la situation actuelle est tout d’abord ténu, renvoyant régulièrement le lecteur au présent – la vie finissante de George – jusqu’à de plus en plus l’en éloigner à mesure que la vie du personnage décline. La plongée dans le passé, de plus en plus profonde temporellement, se traduit alors par une structure narrative parallèlement plus logique (le souvenir n’est plus sporadique, il s’inscrit dans une globalité cohérente) , aux thématiques également plus fortes (la relation psychologique au père, etc.). De même, le rapport au temps, abordé dans de courts paragraphes techniques tirés d’un traité d’horlogerie du XVIIIème siècle, devient de moins en moins signifiant. Paul Harding construit son roman comme se dessine une vie d’Homme.

D’autre part, si l’œuvre porte la vie dans ce qu’elle a de beauté éphémère, c’est aussi et surtout grâce à l’évocation sans cesse renouvelée de la nature (l’eau et le vent en premier lieu), qui semble sous-tendre les rapports humains évoqués dans les souvenirs – ceux de George et son père, Howard, et ceux d’Howard et de son propre père. Foudroyer, au premier sens, ne signifie-t-il pas frapper par la foudre?
Usant de forme dialoguées originales, laissant place à la contemplation, ou encore creusant le sillon de la pensée psychanalytique, l’écriture de l’auteur américain prend des dimensions variables, à l’image de l’histoire abordée. Elle tente, elle aussi, de se faire passeuse de vie.
Paul Harding, avec ce premier roman, dénude la mort de ses oripeaux occidentaux trop lourds de sens, et prouve par là qu’elle n’est rien comparée à sa compagne la vie. Rien d’autre qu’une fin.
(Ludovic Deplanque)

Paru en avril 2011. Roman. 14×21 Cm. 185 pages.