de Jeanne Benameur, aux éditions Actes Sud, 18€

Les révolutions sont d’abord intérieures. On n’a pas l’éternité devant soi. Juste la vie. Jeanne Benameur raconte l’histoire d’Antoine, un homme encore jeune – il aborde la quarantaine – qui va aller se reconstruire au Brésil sur les traces d’un pionnier oublié de la sidérurgie.

Antoine est profondément décalé. Il ne se sent pas appartenir à la même histoire que son père, qui est celle d’une famille ouvrière, ni à celle de l’usine où il travaille. Ou il travaillait, car le personnel a été placé en RTT forcées.

À l’usine, l’idée de travailler moins, c’est le malheur, la peur de la misère. C’est ancré profond. Finir par tout accepter pour juste pouvoir travailler. Antoine, lui, trouve ça fou.

Il est sans projet. Karina, la femme qu’il aime follement – mais trop silencieusement à son goût à elle – vient de le mettre à la porte. Il vit chez son père. Il est en désarroi total. C’est Marcel, un vieil homme, un bouquiniste qui va lui donner l’élan pour partir. Au Brésil, là où, au XIXe siècle, Jean de Monlevade, polytechnicien creusois, s’en est allé, de son plein gré, pour créer et installer le premier des hauts fourneaux, vivre une folle aventure. Épopée qui fait vibrer Antoine.

Le cœur du livre, les insurrections singulières, c’est ce moment où on se retrouve face à sa propre vie et où on la reprend en main alors même que tout autour de nous nous dit qu’on ne peut rien, qu’on est dans l’impuissance. Antoine se met en route, en aventure, en risque. Ce risque qui va de pair avec le désir, moteur de la vie.

Jeanne Benameur le répète souvent : « Mon travail, c’est le mot juste ». Elle atteint parfaitement ce but dans ce fort beau roman où les mots – les mots comme les livres rares – sont choisis avec une sensualité remarquable.

204 pages.