LiensSangde Thomas H. Cook, aux éditions Folio, 7.40€

Le Vieux, schizophrène paranoïaque, disposait d’une capacité de haine infinie : elle se manifestait par des accès de colère incontrôlables. À sa mort son fils David, petit avocat de province, avait pensé que sa sœur Diana, l’intellectuelle brillante, allait maintenant pouvoir vivre sa vie puisqu’elle n’aurait plus à s’occuper de lui.

Et de fait Diana s’extirpe de son éducation démente et tordue, épouse Mark, un biochimiste spécialiste de génétique. Ils ont un enfant Jason, un garçon schizophrène, qui un jour se noie dans un lac. Entre-temps ils se sont séparés. Diana refuse la thèse de l’accident et accuse Mark, qui n’a jamais pu accepter la maladie de Jason, d’être responsable de la mort de son fils même si le tribunal a décidé que personne n’avait provoqué la mort de Jason.

Diana adopte un comportement de plus en plus étrange : elle envoie à son frère des messages concernant des crimes rituels ancestraux sordides, menace Mark qui, sur le point de faire une grande découverte, se confie au meilleur avocat de la ville. Pire encore elle exerce sur Patty, la fille de David, une fascination que David juge très malsaine. David se lance alors à son tour dans l’enquête.

Tout comme dans son immense roman Les Feuilles mortes Thomas H. Cook décrit avec une précision clinique les ravages du soupçon, cette ombre qui se déplace. Il excelle à décrire les scènes où le frère et la sœur ne s’entendent plus, ne se voient plus, sont réduits tous les deux à deux bouts de silex primitifs et déments, uniquement capables de faire des étincelles et de mettre feu à leurs existences, les moments où la chance pure intervient, cette machine silencieuse et invisible dont les minuscules rouages n’arrêtent pas de tourner, si bien que rater tel bus ou, au contraire, attraper tel autre, voilà ce qui fait toute la différence et anéantit d’un coup nos efforts pour maîtriser le cours de notre vie.

Et quand David voit briller dans les yeux de sa fille une lueur sombre, une intelligence trop longtemps étouffée, enterrée sous les couches de la médiocrité que sa propre angoisse lui a imposées, on est bien convaincu d’avoir à faire à un auteur qui sait fouiller avec perspicacité l’âme de ses personnages.