de Juan Pablo VILLALOBOS,
Ed. Actes Sud, 304 pages, 21 €

les-temps-perdus-2Après une dure vie de labeur à vendre des tacos douteux dans le centre de Mexico, Teo coule une retraite pittoresque dans un vieil immeuble délabré qu’il partage avec une dizaine de congénères et une impressionnante légion de cafards. Indépendant et fantasque, il refuse obstinément d’intégrer le cercle de lecture du troisième âge initié par la sémillante Francesca, objet de tous ses fantasmes. Il n’a pourtant échappé à personne qu’il est probablement écrivain, puisqu’il passe son temps à noircir des carnets. Converti en ennemi public no 1, il détient, fort heureusement, une arme imparable : la Théorie esthétique d’Adorno, véritable bijou multi-usage, paradigme vital tout aussi efficace pour chasser les vendeurs importuns et exterminer les blattidés hostiles que pour river le clou à des vieillards décatis obnubilés par leurs ateliers de macramé, de modelage en mie de pain ou d’analyses de haute volée sur La Recherche du temps perdu.
Entre querelles de voisinage hilarantes et pulsions érotiques déjantées, l’auteur embrasse trois quarts de siècle de l’histoire du Mexique avec révolution et contre- révolution, crimes d’État, corruption, assassinats, disparition et marginalité.
Une irrévérence affirmée, instructive et salutaire.