de Leonardo Padura et Traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis et Elena Zayas, aux éditions Métailié, 24€

Autant annoncer tout de suite la couleur : voilà, à mon avis, un roman magistral, long certes, mais qu’on ne peut lâcher. Et pourtant la fin de l’histoire est connue…

Ce roman réunit les protagonistes de l’un des grands crimes staliniens, l’assassinat de Trotski par Ramón Mercader à Mexico en 1940.

Le livre commence par une scène très intense : la mort d’Ana, la compagne d’Ivan, le narrateur, à La Havane, en 2004. Tous deux savent que la fin d’Ana est inéluctable – cancer des os. Lorsque son état s’aggrave Ivan cesse de travailler. La vie entre les quatre murs lézardés de leur appartement est aussi déprimante qu’on peut l’imaginer. Le pire est l’étrange force avec laquelle le corps brisé d’Ana se raccroche à la vie contre la volonté même d’Ana. Un cyclone est annoncé qui évolue avec une insolente arrogance comme s’il prenait le temps de choisir là où il va frapper.

Ivan est écrivain ; il travaille dans un misérable cabinet vétérinaire de La Havane. Après la mort d’Ana il revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait deux lévriers russes sur une plage. Cet homme lui fera des confidences sur Ramón Mercader, l’assassin de Trotski, qu’il semble avoir connu intimement.

Ivan reconstruit les trajectoires de Lev Davidovitch Bronstein dit Trotski et de Ramón Mercader. L’exil de Trotski, sa lutte depuis l’étranger, ses espérances, ses illusions, ses angoisses. L’enthousiasme pour le communisme de Ramón Mercader, happé par la beauté d’une jeune femme Africa, un volcan en éruption qui rugissait en permanence pour clamer son enthousiasme révolutionnaire. Pour elle le camarade Staline est l’incarnation de l’avenir sur terre. Elle déteste Trotski, le plus sournois des ennemis de la classe ouvrière. La danse, l’alcool, la famille sont des poisons bourgeois pour le cerveau. Ramón lorsqu’il la possède est comblé mais il souffre de violentes crises de jalousie. Le seul engagement d’Africa c’est la Cause ; elle n’est mariée qu’avec la révolution.

Un roman aussi foisonnant est irracontable. Il est habité de nombreux personnages attachants, qu’ils soient réels ou fictionnels. Tel Boukharine, par exemple, dont la peur (de Staline) est telle qu’il a préféré la certitude de la mort au risque de devoir, jour après jour, faire preuve de courage pour vivre.

Dans une écriture puissante, Leonardo Padura, écrivain cubain connu pour ses romans noirs, nous raconte cette histoire en nous montrant ses conséquences aujourd’hui, à Cuba, pour toute une génération qui vit au quotidien le lent effondrement de l’utopie socialiste.

n.b. Leonarda Padura est né à La Havane en 1955 où il vit encore. Il est romancier, essayiste, journaliste. Il est l’auteur de plusieurs romans noirs, parmi lesquels Mort d’un Chinois à La Havane (2001), Adios Hemingway (2005) et Les Brumes du passé (2006) tous publié chez Métailié.

Romans. 670 pages.